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  • : Maison d'édition Elan Sud, littérature générale, à Orange (84). Ses auteurs et leurs romans. Parutions, articles, interviews, commentaires. Actualité des salons du livre, rencontres avec le public. Site d'échange littéraire. Organisation du concours de manuscrits : Prix première chance à l'écriture
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Rencontre avec les auteurs : C'est ici

Bonjour à tous,

J'ai ouvert ce blog pour vous permettre de réagir aux lectures de nos ouvrages. Les auteurs vous répondront avec plaisir en fonction de leur emploi du temps, laissez-leur un commentaire.

Un calendrier pour retrouver les auteurs, un Blog pour prolonger une conversation…

Un Prix Littéraire pour donner "Une Première Chance à l'Écriture" (un contrat d'édition à la clé)
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Salon de l'édition indépendante à Orange (84)
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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 15:36

anne braganceCe vendredi 1er avril, Anne Bragance, installée dans le jardin de Michelle et Roger, les hôtes de la veillée, accueillait d'un sourire chaleureux les participants venus lui exprimer leur plaisir de la rencontrer, leur impatience de l'entendre.
"Je profite qu'il n'y ai pas encore trop de monde pour vous demander une dédicace…" Cette phrase anodine était là chargée d'émotion, comme si les romans d'Anne avaient ensorcelé les lecteurs. Le ton était donné, la soirée s'annonçait riche.
Plus d'une trentaine de personnes s'était déplacée, remplissant la maison à la limite de sa possibilité; les demandes s'étaient déversées comme une vague qu'on ne peut contenir.
Fenêtres ouvertes sur les dernières lueurs de ce jour embaumé des senteurs du printemps naissant, la rencontre a commencé par une lecture d'extrait, intitulé Tapis volant, de l'Enfance marocaine (1).
"J'ouvre un livre comme on prend un bateau, comme on part en croisière. Grâce à lui, je m'échappe de l'univers contingent et familier, je m'en absente pour quelques heures, je navigue à vue sur cet océan de mots, d'images, que creuse ma quille. Allègre, je trace ma route dans une gerbe d'écume et gare à qui prétendrait me ramener au port quand je suis ainsi embarquée.
Lire ou partir, c'est comme : filer à l'anglaise, fausser compagnie à tous sans que bouge un orteil, entamer l'immobile voyage sans autre passeport que ce livre-là, justement celui-là que je viens d'ouvrir et qui est à la fois mon sauf-conduit, mon moyen de locomotion et la contrée que je m'apprête à découvrir.
Quand un livre devient le vecteur d'une liberté si totale et si enivrante, quand lire prend ce caractère de clandestinité et autorise pareille jouissance, alors on se sent filer sur un tapis volant, et c'est l'échappée belle…"

 

anne bragance Corinne Niederhoffer, directrice des éditions Elan Sud, pouvait lancer la conversation avec l'auteur apparament touchée d'entendre ses propres mots.
Les livres! Certainement un des piliers de sa vie; un peu comme « L'enfance marocaine » est le pilier de son œuvre si multiple grâce aux cultures du Maroc, de France et d'Espagne venues se mêler.
"L'enfance marocaine, un testament de lumière destiné à mes filles. Car on ne dit pas tout, non, on ne peut pas toujours tout dire."
"Les livres m'ont sauvé la vie."
"Si je mangeais autant que je lis, je serais obèse."
"Quand j'ai un livre avec moi, je suis sauvée. J'en emporte toujours un dans mon sac. Je me réveille très tôt, et demain matin, en attendant que mes hôtes se lèvent, je pourrai lire".
"Depuis l'âge de 5 ans, je voulais devenir écrivain, écrivain sans "e" à la fin; écrivaine, je ne trouve pas cela beau, et j'entends vaine, ce que je ne veux pas que mon écriture soit. Au fond de la classe, il y avait une armoire avec des livres, collection rose, verte, rouge et or… J'allais constamment en prendre, le seul livre de la maison était un dictionnaire. Ma mère aurait préféré que je l'aide à faire le ménage, plutôt que je lise. J'étais la seule de la famille à le faire, position difficile à tenir, se sentir mise à l'écart…"

L'œuvre entière d'Anne Bragance est colorée, parfumée de mille senteurs, comme le sont les fleurs et la nature pour laquelle elle voue un amour sans faille, qu'on retrouve dans "Anibal"(2).

"Je n'ai jamais vécu à Paris, je m'y sens un peu comme Bécassine, je ne peux pas y rester. Mon éditeur m'envoie mes exemplaires par la Poste, je ne vais pas les chercher. J'aime la solitude; dans le village où je vis, je ne connais personne, pas même le facteur.
Être écrivain, c'est se retirer du monde pour mieux le restituer au lecteur…"

 
 Anne est arrivée en France, au Mans, à l'âge de 14 ans, par le plus grand hasard des mutations de ses parents. Le Mans, si gris, si froid… " loin de la lumière de mon enfance que j'ai renvoyée dans mes romans."
  Depuis la parution de son premier livre "Tous les désespoirs vous sont permis"(3), en 1973, Anne nous a offert 33 titres "et si je peux, j'écrirai jusqu'au bout". Ce premier livre a aussi été pour elle une certaine révélation:
"Mon premier livre, je l'ai reçu par La Poste, j'habitais Jonquières. En voyant le titre avec mon nom dessous, je me suis sentie française. Si je suis écrivain français, c'est donc que je suis française, au milieu de mes origines marocaine et espagnole."

 
anne-bragance-016 Ses romans son remplis d'humanité, manifestant l'amour qu'elle porte pour ses semblables; mais aussi une conversation à plusieurs voix, une vision à plusieurs regards.
"Dans mes romans, je procède ainsi : au milieu, je pose une réalité, là, présente, et je propose la version de chaque personnage afin de l'agrandir, de lui donner un sens plus juste, plus nuancé".
  Trente trois romans, et autant de sujets différents, de personnages éloignés les uns des autres, du moins en apparence, une œuvre composite… Certains sont de pures fictions, d'autres beaucoup plus intimes, comme "La chambre andalouse"(3), une longue conversation avec son frère.
"Je ne cherche pas l'inspiration, le sujet de mes livres me tombe dessus. Je ne connais pas vraiment la panne de la page blanche, mais quand elle vient, je me dis que je n'écrirai plus jamais, je suis malheureuse comme les pierres. C'est comme la pluie en Provence, elle nous rend triste, on croit que le soleil ne reviendra plus jamais… mais ça ne dure pas.
L'inspiration arrive toujours au hasard. Un jour, j'étais assise à mon bureau, les fenêtres étaient grandes ouvertes sur le printemps. Dans l'avenue en bas de chez moi, un homme chantait a capella, un chant rythmé, puissant, venu d'Afrique, et qui m'emplissait d'une émotion insaisissable. Cet homme se tenait sous l'abribus et attendait. Le bus est passé, l'homme est monté dedans et je ne l'ai jamais revu.
  J'ai infusé mon émotion à un personnage et je me suis mise à écrire un roman. L'instant d'avant, je ne savais pas que j'allais écrire "Passe un ange noir"(4).
Quand je commence un roman, je ne sais jamais comment il va finir. C'est en premier lieu une histoire que je me raconte."

Parler avec Anne Bragance sans évoquer Anibal serait passer à côté du livre qui a réunit le plus de lecteurs, en France comme à l'étranger et qui a été repris au cinéma. Certains le comparent au Petit Prince de St Exupéry; c'est vrai qu'il y a un peu de ça dans ce texte où le personnage principal est un enfant de 12 ans qui se voit affublé d'un petit frère adoptif de 6 ans, asthmatique et péruvien, avec qui il va vivre une belle aventure d'amour et de partage.


Anne Bragance et les éditeurs… une longue histoire. Depuis son premier roman, elle a connu les plus grands : Flammarion, Mercure de France, Grasset, Le Seuil, Stock, Actes Sud, Laffont, etc.
Femme libre, au caractère trempé et au regard perçant, aucun d'entre eux n'a réussi à la dompter, à lui imposer quoi que ce soit. S'ils voulaient lui changer un personnage, la fin de l'histoire, s'ils refusaient un recueil de nouvelles, elle n'a jamais hésité, elle les a quittés. L'un d'entre eux — et je tairai son nom par charité— est même passé à côté d'Anibal, comme quoi, les plus grands se trompent aussi!
Anne Bragance possède cette impertinence des gens qui ont du talent, une douceur féminine empreinte de modestie mais aussi cette force impétueuse des femmes du sud. Combien de cœurs a-t-elle fait chavirer? Combien d'hommes n'ont pas pu ou su refuser de répondre à ses desseins. Elle a quelque chose de Carmen qui vous ensorcèle, comme nous l'avons tous été pendant deux heures.

anne-bragance-022 anne-bragance-020

   
Après une deuxième vague de demandes de dédicaces, la soirée s'est terminée comme elle avait commencé, assis autour d'une table dans la fraîcheur du jardin et la sérénité de la nuit, pendant qu'à l'intérieur, les participants se régalaient des tartes, salades et gâteaux apportés par chacun, dans un brouhaha sans nom.
Nous attendons avec impatience la sortie de son prochain roman —et non pas le dernier— "Une affection longue durée", annoncé pour juin.

Je ne peux que vous inviter à la rencontrer et lorsque vous la saluerez, donnez-lui le bonjour du "petit rouleur de cigarettes".

 

Pour acquérir les livres suivants, cliquez sur les titres

Une enfance marocaine

Anibal [Broché]

Anibal [Poche]

Tous les désespoirs vous sont permis

Passe un ange noir

 

Chroniques sur les romans d'Anne Bragance :

Anibal

La reine nue

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 17:50

cerisier du japonLes postes de télévision étaient tous allumés, celui de la cuisine, du salon et des trois chambres, tous branchés sur des chaînes d'informations différentes : les dernières nouvelles sur le séisme emplissaient la maison. M. Nakamura passait d'une pièce à l'autre, aussi agité qu'un fauve dans sa villa de lotissement.
Loin, il était si loin de la catastrophe, mais cela faisait plus de vingt quatre heures qu'il écoutait sans interruption. Comme s'il voulait absorber une partie de la peine et de la souffrance déversée sur les ondes. Il savait que la population entière de la Planète était comme lui, à l'écoute, abasourdie par la violence de la nature, dans une forme de communion face à l'épreuve.
Il se sentait si proche et pourtant si différent d'eux. Il n'avait de japonais que la moitié de son sang, l'autre venait du nord de la France où son père, un vrai Nakamura, muté par son entreprise, avait élu famille et domicile jusqu'au jour de sa retraite prise à Orange, dans le sud.

Le Japon, M. Nakamura l'avait presque oublié. La seule fois qu'il y était allé, c'était en janvier 1995, il était encore adolescent. Il n'en avait que le souvenir d'un pays dévasté, d'une famille inconnue en deuil, d'une culture si différente et pourtant si révélatrice des histoires transmises par son père. Il s'était promis d'y retourner, pour fêter Hanami en mars lorsque les cerisiers en fleurs embaument l'air et l'esprit du pays tout entier. Chaque année, les reportages lui rappelaient qu'il avait une fois de plus raté le rendez-vous. Mais, ce n'était pas grave, il y retournerait l'année prochaine… c'est l'excuse qu'il ne se donnait même plus la peine de trouver depuis quelques temps.
Mais cette fois-ci, il n'y retournerait pas, pas tout de suite. Non, il ne voulait pas, encore une fois, fouler la terre de ses ancêtres dans le chaos, n'avoir pour racines que le champ d'une bataille entre des éléments en furie.

Aujourd'hui, comme par exception d'une nature capricieuse, le vent d'est soufflait par rafales, un peu comme le mistral, mais accompagné de nuages et de pluie. M. Nakamura demanda aux nuages s'ils avaient survolé son pays devenu si proche en un instant. Le vent se contenta d'ébouriffer le prunus en fleurs, dont les pétales roses et blancs recouvraient en nappes irrégulières le jardin bien entretenu.
M. Nakamura retrouva un peu de sérénité et se laissa bercer un instant par de tendres pensées éternelles pour ses concitoyens du monde. Il pensa à son ami de Séguret, expatrié à Tokyo. Un an sans nouvelles !
Il fallait qu'il lui écrive, tout de suite. Que le nouvel an n'ait pas fait l'objet d'une carte noyée parmi des dizaines, que les vacances d'été n'aient pas été l'occasion d'un repas dans sa maison familiale, tout cela n'avait plus d'importance, il devait lui demander de ses nouvelles, savoir, là maintenant. Son ami devait aller très bien, au vu de sa condition privilégiée. Mais qu'en savait-il? Il s'en voulut instantanément.
La mer, en envahissant les terres, avait-elle fait une distinction entre les bateaux de pêcheurs et les yachts? Avait-elle épargné les berlines pour se ruer sur les vélos? Non, les hommes, les animaux, qu'ils soient de race ou non, les biens matériels, tous avaient certainement été balayés, broyés, roulés, noyés sans distinction dans la mâchoire liquide.

cerisiers2Une fois le courrier électronique envoyé à son ami, M. Nakamura revint aux informations. Le Japon commençait à se diluer dans le reste, non moins putride. Les vautours de la finance internationale, après avoir spéculé à la baisse sur la Grèce et l'Irlande, spéculé à la hausse sur le pétrole, revenaient à la baisse sur le Japon, empochant au passage des millions d'euros, de yens ou de dollars, gagnés en quelques clics sur les malheurs du monde.
Les candidats aux élections cantonales battaient la campagne. Ceux de la ligue du sud continuaient de déverser leur haine sur les autres, les étrangers, mêlant religion, origine géographique et condition sociale. Pourquoi cracher sur son voisin? Comment cracher sur l'humain. La Terre du sang. Qui sommes-nous pour nous approprier une terre quand, dans un soubresaut, celle-ci peut nous rappeler notre fugacité?
Les huissiers français se préparaient à déverser leurs premières vagues d'expulsions dans la semaine à venir, rituel printanier de nos sociétés modernes.
Les relations internationales n'avaient pas meilleure mine. Notre président venait encore de se précipiter pour jouer les redresseurs de torts, pour sauver le monde. M. Nakamura eut envie de lui crier de se taire! Oui, de se taire et de se faire oublier. La France était seule une fois de plus, seule à vouloir envoyer l'armée en Lybie, seule à ne pas envoyer d'aide au Japon…
Puis les chiffres du désastre reprirent leur valse effrénée. On comptait de 1500 à 10 000 voire 20 000 morts. La nouvelle menace venait du nucléaire. Tous les plus grands spécialistes se relayaient à l'antenne, chacun apportant un élément de plus aux scénarios possibles. On allait du discours sirupeux à la catastrophe planétaire grâce à des schémas, des courbes, des termes spécifiques. Sur les chaînes françaises, les présentateurs se voulaient rassurants. La France ne pourrait pas être touchée par le nuage, comme pour Tchernobyl, et chez nous, les centrales étaient bien sécurisées…


epingleM. Nakamura fit le tour de la maison et éteignit les télévisions. Il se rendit dans son garage, trouva un ciseau à bois et un couteau en serpette que son père lui avait donnés. Il alla couper une branche du prunus au bois très dur et droit. Il s'assit sur la terrasse, à-même le sol, et commença à tailler son morceau de bois. Les gestes que lui avaient montrés son père lorsqu'il était enfant revinrent instinctivement; les copeaux se dispersèrent en cercle autour de lui. De l'arbre brut, il tailla une épingle à chignon et sculpta la tête. La sérénité, cette fois-ci, envahit le corps et l'esprit de M. Nakamura, rejetant les idées noires hors du cercle.

Sa femme allait bientôt rentrer avec les enfants, il était prêt à l'accueillir comme il se doit. Elle sera certainement étonnée de ce cadeau, mais comprendra, en voyant le sourire de son mari.

À l'image du peuple japonais, M. Nakamura se devait d'être digne dans la douleur, offrir un visage serein. Ce serait son hommage.

 

Dominique Lin

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 16:42

incident-de-personne« Incident de personne », annonce le haut parleur grésillant du TGV stoppé en rase campagne; c'est la manière dont la SNCF annonce qu'une personne vient de se suicider en se jetant sur les rails au passage du train. Le huis clos est en place. Le spectacle peut commencer, les confidences affluer, sorte de déversement de trop-plein, de réminiscences nombreuses, trop nombreuses pour un seul homme. Le narrateur engage la conversation avec sa voisine, une consultante en développement personnel, rencontre improbable. Elle écoute, on ne l'entend qu'à travers lui.
À la limite de l'usure, il traîne une vie pleine de drames, pas forcément les siens. Il va raconter et se raconter. Il est fatigué, endetté, ne souhaite pas rentrer chez lui. Il revient de Chypre où il animait un atelier d'écriture, comme il en a animé pendant des années. Un livre sur la vie fatiguée d'un être.
Un roman intimiste bien écrit, avec de courts récits enchassés.
Si certains lecteurs n'ont pas aimé le rythme de ce livre —être bloqué dans un train pendants plusieurs heures n'entraîne pas à l'action— j'ai apprécié le style, le pari tenu par Éric Pessan de tenir son lecteur dans un long dialogue indirect, voire monologue, fil de pensée, profitant au passage de rappeler certaines vérités dérangeantes sur la vie, les comportements, les relations humaines… Derrière une apparente simplicité d'écriture, l'auteur manie la langue avec souplesse et force d'images.
Certes, les deux personnages ne se marieront pas et n'auront donc pas d'enfants, mais nous sommes en droit d'attendre autre chose d'un roman. Cindy, appuyée sur la Ferrari, ne peut pas toujours être amoureuse de Ken et regretter un amour d'été quand la mer se retire sur la plage de septembre…
Plusieurs histoires dans une histoire qui n'en est pas vraiment une. Oser sortir des schémas classiques pour explorer de nouvelles formes. C'est la liberté de l'écrivain qu'il est bon de rappeler.


C'est le 6e roman d'Éric Pessan qui est aussi auteur de pièces de théâtre. On le ressent bien dans le rythme de ce livre qui se prêterait tout aussi bien à la scène.

Dominique LIN

  • Broché: 183 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (18 août 2010)
  • 15€
  • ISBN-13: 978-2226215192

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Le Magazine Littéraire (Octobre 2010)
L'originalité de ce roman discrètement traversé de références littéraires [... ] tient dans son unité paradoxale, sa manière - fluide, et parfois éblouissante - de tisser toutes ses histoires en une, et de faire de ce tissage son authentique sujet.

Télérama (21 août 2010)
Eric Pessan construit son exploration d'essayiste à la façon d'un romancier, en offrant corps et âme à un personnage que rien ne laisse insensible...

EXTRAITS :
"Un grattement contre la vitre, mais je ne vois rien.
Et rien qui soit visible gratte. Des esprits, des fantômes. Combien sommes-nous dans ce train ? Trois ou quatre cents. Combien de fantômes par personne, libérés par l'inaction et la proximité de la mort violente ? C'est ma question : combien chaque individu transporte-t-il en lui de fantômes ? (...) Cela ferait une belle image dans un film ou un roman : un suicide ouvrirait momentanément les portes verrouillées des mémoires, et des milliers de fantômes se verraient libérés pour quelques heures, ils folâtreraient dans les champs, prendraient des nouvelles du monde, s'indigneraient du peu d'honneur que les vivants leur accorde. Ils dégourdiraient leurs membres immatériels, pressés de s'agiter, sachant que les choses rentreront très vite dans l'ordre, qu'ils se retrouveront très vite cadenassés derrière les préoccupations quotidiennes."

"Je suis trop préoccupé par mes propres pensées pour que la conversation roule doucement. Ce serait à moi d'entretenir le feu. Distraitement, je relis plusieurs fois chaque titre à la une du journal. Je regrette presque de l'avoir acheté, ce journal, qui contient surtout des anecdotes, des bribes de récits, des nouvelles histoires qui s'agglomèrent aux histoires dont je déborde. Je suis encombré. Au lieu de me décharger j'ai perdu beaucoup de temps à faire autre chose : à fuir, à trop boire, à continuer d'accumuler des histoires. Je suis saturé maintenant, j'aime bien la définition chimique de ce verbe : rendre impossible l'ajout de nouveaux éléments. Saturée de sel, l'eau n'arrive plus à le dissoudre, il tombe comme de petits cailloux au fond du verre. L'étymologie des mots m'est souvent d'un grand secours. Les mots sont mon outil de travail et il vaut mieux connaître ses outils. J'apprends aux autres à user des mots et - en échange - ils m'envoient des paquets de phrases dans la gueule. C'est mon métier, c'est la raison de mon voyage à Chypre. C'est pourquoi je cherche le silence. Je ne veux plus que l'on me raconte quoi que ce soit."


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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 18:57

Anibal - Anne Bragance - LaffontLe narrateur est un garçon de 12 ans, Edgar, dont la passion pour les fleurs lui permet d'échapper à la lourde athmosphère de la maison, une villa luxueuse à Saint-Jean-Cap-Ferrat où les grandes figures du cinéma profitent de la table et de la piscine. La mère, un peu paumée, ne peut plus avoir d'enfants, le père, autoritaire et braqué contre son fils, ne pense qu'à sa situation mondaine. C'est dire si l'ambiance commence mal pour cet enfant, un peu gâté, il est vrai.
Arrive le jour où sa mère lui annonce qu'ils vont adopter un "petit frère, Anibal, un Péruvien. C'est d'abord le rejet de la part d'Edgar, puis, face à l'innocence puis la maladie de celui qu'il finira par appeler "son frère", Edgar s'attendrit, se responsabilise au point de tout tenter pour qu'Anibal guérisse.

 

Écrire tout un roman avec le vocabulaire et le ton d'un gamin de 12 ans n'est pas chose facile, mais le pari, osé, est réussi. Pas de mièvrerie infantile, pas faux semblant, le ton est juste. L'évolution des sentiments, du rejet à l'amour d'Edgar envers Anibal est très affinée.
Les personnages sont émouvants, vrais, depuis les deux garçons jusqu'aux personnages secondaires (Lucas, le jardinier, M. Chevallier, le médecin…)
Humour, poésie, jeux de mots, métaphores et complicité silencieuse des 2 garçons que tout sépare, jusqu'à la langue… le lecteur est embarqué dans l'univers de l'enfant, des enfants, tout en gardant un regard critique.

Anibal est sorti en premier en collection jeunesse, repris en roman classique par Rober Laffont, puis édité en "poche".
Un livre reposant et plein de tendresse à conseiller de 7 à 97 ans…
Seul bémol à l'écriture de l'auteur, sa relation avec la mère, toujours la même, sclérosée… Avec le temps et le nombre de romans écrits, on pourrait attendre d'autres relations mère-fille dans ses fictions ! Madame Bragance devrait passer à autre chose. Si vraiment sa vie est une souffrance à cause de sa mère, prendre les lecteurs à témoins à charge n'est pas très respectueux.


Extrait :
" Anibal, ils ont dû raquer un maximum pour l'avoir. Ma mère n'a pas voulu me dire le prix, il paraît que je l'ai scandalisée avec cette question. Mais enfin, Sweetie, un enfant, on ne l'achète pas, on prend ce qui vient, tu sais. " Ma pomme, c'est sûr ils l'ont pas payée et ils l'ont pas choisie parce que s'ils avaient eu la possibilité, ils auraient pris un moins moche, un plus sympa et qui les aurait pas fait tourner en bourrique. Mais pour l'Inca, j'ai quand même un doute : je vois pas pourquoi les Péruviens ils refileraient leurs morpions gratis à des étrangers."

Anibal pocketQuatrième de couverture :
À douze ans, tête de mule et mauvais élève, Edgar a déjà compris deux choses : primo, qu'il vaut mieux se taire plutôt que de se faire engueuler; deuxio, que sa seule passion et occupation dans la vie c'est et ce sera les fleurs ! Aussi, quand Hugues et Lolly, ses parents, lui annoncent qu'ils ont décidé d'adopter un petit Péruvien, Edgar est parti sans rien dire dans son jardin arracher des mauvaises herbes. L'Inca, il allait voir ce qu'il allait voir !
Anibal, il s'appelle. Il a cinq ans, une bouille désarmante et il ne dit pas un mot. La jalousie d'Edgar s'effiloche. Ce frère, il veut bien l'adopter lui aussi. Mais c'est la fin de l'été, Edgar est menacé d'internat à la rentrée. Finie l'amitié avec Anibal ? Impossible. C'est la fuite, direction : la cordillère des Andes...

Déjà chroniqué : La reine nue de Anne Bragance

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 06:38

renaitre de tes cendresAu delà de l'excitation de sortir un nouveau roman, bien des sensations viennent se bousculer juste avant sa présentation au public.

Le doute.
Ai-je assez développé mes idées pour aller au fond de ce que je voulais dire? L'intrigue romanesque est-elle assez riche? Le sujet abordé fait-il partie des centres d'intérêts des lecteurs actuels? Et combien d'autres interrogations continuent de me traverser l'esprit. Les jeux sont faits, l'encre est en train de dessiner une ribambelle de mots sur les 160 pages. La couverture est déjà affichée dans les bases de données.
C'est à ce moment-là qu'on prend la vraie mesure du travail sur le manuscrit, l'importance de chaque mot, chaque ponctuation, chaque mise à la ligne. Pas de retour en arrière, pas de: "et si, j'aurais peut-être dû…"
Malgré la fierté ou l'enthousiasme affiché, à l'intérieur c'est le branle-bas de combat, la lessiveuse sur mode essorage où toutes les dernières questions mènent une valse effrénée; plus que quelques jours, dans une semaine, les premiers lecteurs lâcheront leur avis… patience.

La cohérence.
Mes deux premiers romans sont très éloignés en genre comme en contenu : un roman d'aventure à Santiago de Cuba et un roman de terroir… rien à voir non plus avec le 3e, situé dans une ville sans nom, Paris, Lyon, Limoges, ou ailleurs… dans lequel le personnage principal est confronté à un fait de société, mais aussi en proie à certains remords.
Je n'ai pas pour vocation de répéter une formule romanesque éprouvée pour laquelle les lecteurs attendent une suite, comme on attend le nouvel épisode d'une série télévisée. J'explore des univers différents, de nouveaux portraits, des situations qui révèlent notre condition humaine d'une manière personnelle  dans chaque ouvrage. Je ne tiens pas à être catalogué dans un genre ou un autre, j'essaie humblement de peaufiner mon style, de transmettre des émotions, de favoriser des interrogations sur ce qui nous entoure. Dans un monde replié sur lui-même, je ne fais qu'ouvrir la fenêtre et poser un peu de tain sur les vitres pour faire miroir.

Renaître de tes cendres.
C'est une forme de huis clos d'un homme en conflit avec la société et surtout avec lui-même, à cause d'échecs successifs dont celui de n'avoir pas pu respecter une promesse. Ses rencontres viennent alimenter sa réflexion, enrichir son regard sur le monde, approfondir sa compréhension de la vie. Si cela peut paraître ambitieux, c'est au moins la démarche voulue.
Je me suis attaché aux mots, à leur sens, leur résonnance. Je les ai choisis pour l'univers qu'ils véhiculent, pour qu'une musique porte cette histoire.
je l'affirme dans le titre, ce n'est pas un roman noir, même si les thèmes paraissent graves.
Paraître dans la collection Regards dont la signature est : "Réflexions intemporelles sur le monde, la société, l'humanité", c'est une marque d'intérêt de l'éditeur pour la signification de mon texte et je l'en remercie.

L'écriture
Toujours et encore… Les bases du roman suivant sont déjà posées. Les pages de mon cahier noircissent chaque jour un peu plus. Il est encore question de regard sur notre monde, sur son évolution. La palette des comportements humains est bien assez étendue pour écrire encore.
L'écrivain possède l'orgueil de croire qu'il peut déposer, par-ci par-là, quelques graines de réflexion, quelques notes d'une mélodie personnelle… ce n'est pas le pire des péchés.
Je n'ai pas de "parce que…" à la question "pourquoi écrire?".
L'amour d'une solitude remplie de mots, comme des notes sur une portée, comme une glaise sur le tour d'un potier. Une matière à moduler, à tendre, à creuser, à laisser reposer pour la repétrir, la mieux ciseler. Je me sens responsable, non pas de répondre aux attentes, mais d'apporter toujours quelquechose de neuf, de vivant, d'inattendu.
Chaque nouvel écrit apporte une pierre à la construction globale. La vision de l'auteur en est le ciment, perceptible dans chaque livre, par facettes. Le lecteur peut en suivre la trajectoire dans la continuité des livres.

Tant qu'il y aura des lecteurs, il y aura des auteurs.

Dominique LIN

Pour en savoir plus sur ce roman, cliquez ici

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 08:43

La reine nue, roman de BraganceGiuletta Padovani, ancienne romancière à succès, forte tête et croqueuse d'hommes, règne sur une fratrie de sept enfants, comptant comme autant de péchés, dans La Villa qu'elle a faite construire au bord de la mer, grâce à ses revenus de droits d'auteur.

La Reine nue s'ouvre sur ses premiers moments d'égarements, les premiers troubles, des dérèglements bénins. Mais le jour où Giulietta décide de vendre ses souvenirs à qui payera pour l’écouter, les enfants Padovani s’alarment. Cette famille nombreuse et disparate va devoir se retrouver autour d'elle pour un tour de garde hebdomadaire. Et d'assister ainsi aux élucubrations, aux délires qui la poussent à se déshabiller, laissant voir un corps décharné, flasque et pitoyable ou qui mènent à la résurrection des personnages de ses propres romans. Ses monologues décousus réservent aussi des surprises : Giulietta aurait-elle eu un huitième enfant ? De quel homme ? Enfin, quel autre secret cache le petit journal que Marietta, l’aînée, a trouvé ? Le clan s’affole et ne vit plus qu’au rythme de ses frasques qu'il se raconte le samedi à la réunion hebdomadaire.

En même temps qu'Anne Bragance brosse la fin d'un règne maternel, elle décrit la déchéance physique longue et lente d'une vieille dame vue à travers le regard de chacun de ses protagonistes, mais aussi l'évolution de chaque enfant face à cette double emprise, emprise de la maladie sur la mère, emprise de la mère sur leur vie privée.

Un roman à plusieurs voix, alternant sans cesse, les enfants, Giuletta et son journal. Autant de voix, tantôt chargées de compassion, de tristesse ou d'amour, tantôt de dégoût, de dépit, de peur et de pitié. S'appuyant sur le sens et le rôle de la fratrie, La Reine nue donne ainsi le tableau vivant d'une maternité, où le rapport mère enfants, et réciproquement, déploie toutes ses subtilités.
Seul bémol, lorsqu'on lit plusieurs romans de A. Bragance, sa relation avec la mère, on la connaît, elle est toujours la même, sclérosée… Avec le temps et le nombre de romans écrits, on pourrait attendre d'autres relations mère-fille dans ses fictions ! Madame Bragance devrait passer à autre chose. Si vraiment sa vie est une souffrance à cause de sa mère, prendre les lecteurs à témoins à charge n'est pas très respectueux.

D'origine andalouse, Anne Bragance est née à Casablanca en 1945. Elle y a grandi dans un milieu cosmopolite où le français, l'espagnol, l'italien et, bien sûr, l'arabe, se métissaient pour la plus grande délectation de son oreille... Arrivée en France à l'âge de seize ans, elle s'emploie à maîtriser la langue française car elle veut devenir devenir écrivain. Elle se marie très jeune, met au monde deux petites filles, mais les joies - et les soucis - de la maternité ne la détournent pas de sa passion première : la littérature. A vingt-huit ans, elle publie son premier roman "Tous les espoirs vous sont permis" chez Flammarion. Beaucoup d'autres suivront, sous les couvertures du Seuil, de Grasset, du Mercure de France, de Laffont, de Julliard ... Le goût d'Anne Bragance pour la nature, les jardins, les fleurs, l'a toujours tenue éloignée de Paris. Elle vit aujourd'hui en vaucluse.

La Reine nue, Anne Bragance, chez Actes Sud
Roman (broché). Paru en 08/2003

4e de couverture
Quand ils sont là, rassemblés au plus intime de leur douleur, ils parlent de la mère, ils ne parlent que d'elle. Chacun livre aux autres le détail de la journée qu'il a vécue avec elle au cours de la semaine écoulée.
Des mots terribles et doux sortent des bouches, des mots qui décrivent des gestes, des actes, des violences, et quelques moments bénis de rémission.
Au centre de chaque scène qu'ils évoquent, tentent d'interpréter, se tient Giulietta, reine efflanquée et nue.

 

Anne Bragance participera à une veillée littéraire organisée par Expressions Littéraires Universelles à Orange en avril 2011.

Uniquement sur inscription à cause du nombre limité de places : e-l-u@orange.fr

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 13:33

On reconnaît la force d'un livre à son intemporalité, à l'émotion qu'il procure, quels que soient le jour et le lieu où vous le découvrez. Écrit en 1919, L’Homme semence fait partie de ceux-là.
Trente-six pages de prose poétique, de bonheur de lire, mais aussi de la douleur d'un corps de femme qui attend qu'un homme vienne y déposer sa semence pour qu'enfin la vie reprenne au village.
Pas un mot de trop, pas un ne manque dans ce livre d'une féminité manifeste. Une heure suffit pour le lire, mais quelle heure! Une heure qui se prolongera longtemps après que vous ayez refermé cet écrin de mots.

L'éditeur annonce "Collection main de femme, des livres à ne pas mettre entre les mains de tous les hommes". Je n'en suis pas si sûr. Mieux connaître la nature féminine, faible et forte à la fois, nous rappelle qu'elle est le complément de la nature masculine, faible et forte à la fois elle aussi…
Une mention spéciale à Parole édition, éditeur indépendant, novateur, géniteur de livres d'une qualité constante

 

Lhomme-semence

 

 

 

Acheter : cliquer sur le lien ci -après : L’Homme semence, Violette Ailhaud

homme semence


Parole édition - Collection "main de femme"

36 pages, 8€ - ISBN 10: 2-9524915-5-0

 

À commander directement sur le site de la librairie Elan Sud, cliquer ici 

  Ce tout petit livre, écrit en 1919 et publié en 2006, se lit d’une traite et avec émotion. C’est l’histoire vraie d’un village provençal, dont tous les hommes ont été raflés en 1852 après le soulèvement républicain. Deux ans passent, sans qu’un mari ou un frère ne revienne. Les villageoises désespérées font un serment : si jamais un homme arrive, il deviendra leur époux commun pour que la vie reprenne ses droits. Un homme, enfin, revient. Et avec lui, l’espoir des générations futures…

   
Quelques autres commentaires depuis sa parution

[…] Un livre tout à fait extraordinaire à la fois parce qu'il raconte une histoire hors du commun mais aussi parce que le livre lui-même a une histoire exceptionnelle. […]
RTL - 10/02/09

[…] Poignant témoignage de l’instinct féminin face à la folie des hommes : la douleur d’une jeune femme, qui perd son promis à la guerre, se mue en une profonde écoute de soi en parfaite entente avec les autres femmes du village. Une économie de mots qui se passe de commentaires[…]
Clarisse Young 20/6/06

[…] Ce petit livre de 37 pages est une merveille. Merveille d’écriture rédigée dans cette langue magnifique des instituteurs du XIX° siècle, émaillée d’un francitan délicieux. Un livre « goûteux » comme on dit à Marseille.
Avec son « Homme semence », c’est trente sept pages d’hymne à la vie, de réflexion sur l’amour que nous livre, Violette Ailhaud, la fille du maire de ce village perdu de haute Provence devenue institutrice. En déroulant ses souvenirs de cette période sinistre qui suivit le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851, c’est toute la vie d’un village provençal isolé dans la montagne qui apparaît en filigrane ; l’histoire de ces femmes dont les hommes ont tous été déportés pour avoir refusé de voter le plébiscite organisé par le nouveau despote ; l’histoire de ces femmes brisées dans leur destin de femmes, d’amantes, de mères ; l’histoire de ces femmes qui décident de reprendre en main ce destin brisé.[…]
Lorgues Ensemble   07/01/10

[…] L’auteure soupèse chaque phrase avant de nous l’offrir généreusement. Ce texte n’est ni un roman, ni une nouvelle, ni même un récit. Non, il s’agit d’un fragment de notre humanité, d’une illustration de notre besoin de procréation, mais aussi et surtout d’un moment d’amour, que je vous invite vivement à partager.[…]
Marc Varence

Un avant-goût :

« moi, après ces jours de cris et de pleurs, j’avais transformé ma douleur en haine et en violence […] Mon cœur est toujours sans fruit. Mon cœur et mon corps sont vides. Le premier pleure l’homme perdu. Le second l’homme qui ne vient pas. Depuis deux ans, je crie ma révolte de jeune femme saccagée par l’enlèvement de son promis, au moment où il allait la faire femme et la mère. Depuis deux ans, la douleur me remplit et me sert de grossesse. Je saigne à chaque lune, du ventre trop et du cœur sans cesse. La douleur engendre ma colère et je crie souvent contre le vent qui me renvoie ma violence comme une gifle donnée à toute volée. Vaincue par ce combat inégal, je regarde, hébétée, la terre tourner (pp.11, 21) »

« En souvenir de deuil, les femmes du village ont habillé un couple d’épouvantails se tenant par la main : « depuis, notre village de femmes vit sous le regard de ce couple qui n’a jamais été et dont les deux silhouettes immobiles tournent le dos à la vallée. C’est notre signe pour dire qu’ici il y a la vie (p.13) ».

« Soudain, je prends conscience du souffle de la respiration de Jean sur ma nuque. Je continue à tourner les pages, mais les mots du livre s'effacent. Je suis toute entière à l'écoute de ce vent léger dans lequel les cheveux échappés de mon chignon semblent jouer à se laisser boucler (p. 27)  »

 

À commander directement sur le site de la librairie Elan Sud

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 15:56

Tous les quatre ans, lors de la remise de la médaille Fields, nous avons l'occasion de revenir sur le monde des maths, hermétique pour certains, passionnant pour d'autres.
Cette année encore, deux Français la reçoivent : Ngo Bao Chau (université de Paris-Sud) et Cédric Villani (Institut Poincaré).
Ce Prix que l'on qualifie de Nobel des Mathématiques est décerné à des talents "fous", des concentrés de matière grise qui fouillent dans l'infini, qu'il soit grand ou petit, et font avancer les sciences comme on construit un puzzle : chaque pièce découverte s'imbrique dans les autres, enrichissant le grand dessein universel de la matière.


Lorsqu'on n'est, comme moi, même pas un néophyte, les langages utilisés par ces savants est déroutant. Il est question de loi des uns et des autres, ces confrères de la Planète, d'aujourd'hui ou d'hier, qui ont ajouté leur pièce au puzzle.
Il suffit de lire les articles à leur sujet.

 

Le magazine "La recherche" en parle en ces termes (voir lien en bas de page) :
VillaniCédric Villani au cœur de la physique des plasmas
Spécialiste de physique mathématique, il s'intéresse aux équations de la physique statistique, dont les équations de Boltzmann et de Vlasov qui décrivent le comportement statistique des particules dans un gaz et dans un plasma. L'équation de Boltzmann régit de manière probabiliste la manière dont un ensemble de particules se rapproche de l'équilibre thermodynamique. Bien que la description de cet équilibre soit connue depuis plus d'un siècle, la vitesse à laquelle cet équilibre s'établit restait un problème mathématique ouvert que Villani a résolu. En collaboration avec Laurent Desvillettes, il a obtenu en 2000 le premier résultat sur la convergence vers cet état d'équilibre pour un ensemble de particules initialement loin de l'équilibre.
Récemment, avec son ancien étudiant Clément Mouhot, il a établi rigoureusement l'amortissement Landau non linéaire pour les équations cinétiques de la physique des plasmas, un phénomène d'amortissement conservatif (à entropie constante). «C'est la première fois que l'on établit mathématiquement un phénomène de relaxation à entropie constante dans un système confiné, un phénomène important dans la description cinétique des galaxies par exemple», précise Cédric Villani.

chauNgô Bao Châu reçoit la médaille Fields pour sa démonstration du lemme fondamental du programme de Langlands, trente ans après sa formulation. Le mathématicien avait déjà reçu le prix Clay en 2004 avec Gérard Laumon pour la preuve du lemme fondamental pour les groupes unitaires.

 Laissons la parole à Ngô Bao Châu lors d'un entretien dans "Recherche" en mars 2010, il disait entre autre…
Comment définir le lemme fondamental ?
N.B.C. Un « lemme » est un petit théorème de nature technique ; le mot « fondamental » se rapporte au rôle qu'il joue dans un domaine bien délimité des mathématiques. Il existe un certain nombre de lemmes fondamentaux. Il s'agit ici de celui de la théorie d'« endoscopie automorphe » . Ce nom abscons délimite un champ de recherche à l'intérieur d'une très vaste perspective que nous appelons le programme de Langlands. Robert Langlands en a énoncé les prémices dans une lettre à André Weil, datée de 1967. Son objectif était d'établir un lien entre la théorie des nombres, l'analyse et la géométrie algébrique. Il a énoncé deux conjectures, appelées la « correspondance » et la « fonctorialité », qui organisent et structurent autant l'objet central de la théorie moderne des nombres - les représentations du groupe de Galois -, que des objets de nature analytique, inventées par Henri Poincaré - les formes automorphes.

 Autres récipiendaires de la médaille Fields :
- Stanislav Smirnov et les modèles de physique statistique
- Elon Lindenstrauss qui  enrichit la théorie des nombres

Prix Gauss :

- Yves Meyer a posé les bases mathématiques des ondelettes

 


Nul doute que les spécialistes apprécieront…

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Certes, aujourd'hui, on ne cherche pas uniquement pour le plaisir, pour le défi ou la vertu. On cherche pour l'industrie, qu'elle soit civile ou militaire (Einstein en sait quelque chose). C'est la rançon du mode de fonctionnement de nos sociétés. La recherche fondamentale doit être rentable, et si possible au terme le plus court. Nous sommes loin de Galois qui, dans un jaillissement génial, lors de sa dernière nuit, à vingt ans, a révolutionné les mathématiques en une lettre laissée à Auguste Chevalier. Deux siècles plus ta rd (nous fêterons le bicentenaire de sa naissance en 2011), il interpelle encore, il ouvre encore des pistes, comme il l'a fait, tout au long du XIXe et XXe siècle. Il y a "du Galois" dans nos ordinateurs, dans nos téléphones portables, ça c'est la partie émergée de l'iceberg, mais il y en a un peu partout dans les découvertes des chercheurs, points d'appui, d'ancrage, point de démarrage ou simple étape de passage dans le long processus de réflexion.
Ainsi, peut-être que dans dix, vingt ou cent ans, un autre chercheur, américain ou japonais, s'appuiera sur les travaux de Ngô Bao Châu ou de Villani pour ajouter sa pièce et enrichir un peu plus le savoir global.
 
Pour en savoir plus, lire le livre de Bruno Alberro : Évariste Galois, mathématicien, humaniste et révolutionnaire, chez Elan Sud, cliquer ici



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Ne vous étonnez pas si, un jour, un Japonais vous en apprend sur Galois. La différence d'enseignement général entre la France et le Japon, c'est qu'au Pays où les gens se lèvent plus tôt, lorsque les professeurs enseignent une théorie, ils enseignent aussi la vie du scientifique, comme en France, on étudie la vie d'un musicien, d'un écrivain ou d'un peintre. En France, il faut attendre les études supérieurs pour enfin connaître la vie de ceux qui révolutionnent notre quotidien.
Bruno Alberro racontait que lorsqu'il était à Tokyo, pour la représentation de son livre au théâtre, un Japonais était venu le voir pour une dédicace et lui avait dit :
- Je suis allé en France.
- A cela, rien d'étonnant, lui a répondu Bruno. Paris vous a plû?
- Non, je ne suis pas allé à Paris, je suis allé à Bourg la Reine voir le buste de Galois… J'ai été déçu, là-bas, personne ne le connaît!
Souhaitons qu'en 2011, la ville qui a vu naître Évariste Galois s'en souvienne et lui rende l'hommage qu'il mérite!

 

Dominique LIN

Extraits d'article et photos (Chau et Villani) : magazine "La recherche"
 

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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 17:23
En se permettant de titrer sa prose ainsi, Beigbeder prend son seul risque littéraire de la rentrée, à savoir, penser que ce qu'il vient de pondre correspond au genre littéraire de notre époque. Fred va nous donner une leçon de littérature contemporaine, après "le nouveau roman", voici "le roman français".

Qu'en a-t-on à faire de l'enfance de ce gaté-pourri qui n'a souffert que du manque de souffrance? A force d'écrire en se regardant le nombril dans le miroir, Beigbeder finit par écrire à l'envers, à l'envers des possibilités qu'il possède très certainement.
Que peut nous importer de savoir que certains nantis finissent leur soirée au commissariat parce qu'ils se sont rebellé — oh, la, la! — en se shootant les narines sur le capot d'une voiture à l'aide d'une carte bancaire dorée… devant une boîte de nuit branchée… en pleine rue… quelle aventure! J'ai fait de la garde à vue, oh… avec des clochards, ah… Ça sentait mauvais et on m'avait même enlevé ma montre! Hé, monsieur l'agent, mon frère va recevoir la légion d'honneur! Délivrez-moi, je fréquente le Président! (enfin, pas moi, mon frère).

Quel héritage socio-culturel nous livre là l'auteur! Lisez petits consolecteurs, je fais partie du cercle des écrivains — d'ailleurs, je le répète haut et fort plusieurs fois pour vous le rappeler, je suis un éccccrivvvvain! —, de ceux qui se droguent comme certains grands du temps jadis, de ceux qui bravent la maréchaussée comme le font tous les pochards en fin de nuit, quand leur esprit embué n'arrive plus à contrôler un flux de mots désemparés, celui des alcooliques, des camés, des pochtrons. Écoutez, je cite des grands auteurs — dont je fais partie puisque je les connais et que j'écrivaille. Regardez-moi, écoutez-moi, moi, moi, celui qui vampirise les médias quand j'ai besoin de vendre, d'exister, de prétendre à la notoriété.

Fallait-il qu'il rende une copie en temps voulu? Devait-il entretenir une machine marketée à outrance qui lui imposait de produire "just in time"?
Ce livre souffre d'un manque de style, c'est du brut de conversation. Le seul point qui le sauve, c'est que Fred en a, de la conversation. Parfois grossier, il est vrai, le mot est écrit en gros, presque en gras. Obligé de tourner les pages, non seulement parce qu'elles sont vides, mais parce qu'on a envie de savoir ce que peut contenir ce livre dont la presse s'est chargée de chanter les louanges. C'est du remplissage, du gavage. On fait dans les 280 pages pour illusionner. Mais un gros roman ne fait pas forcément un grand roman.

Fred, tu — entre gens qui se comprennent, on se tutoie… — vaux certainement plus que cela, mais tu choisis ton monde, tu modèles ton image selon tes fantasmes. On te dit beau, intelligent, cultivé… (en veux-tu encore?). Alors, pour un instant, pense à ton épitaphe. "J'ai fais le clown durant ma vie, mais je n'ai pas fait rire", ou bien "j'ai visé le caniveau quand je pouvais atteindre les sommets". Tu attendras les sommets ou les gouffres que tu t'autoriseras. Tu te crois libre, grand et fort, maître du monde, mais voilà, on n'est jamais maître que de son petit monde.
Dominique LIN


Un roman français, Frédéric Beigbeder, Grasset, août 2009, 281p., 18€00

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 14:39
Ces matins-là, je me lève avec une seule idée en tête, le rendez-vous avec les lecteurs. Aujourd'hui, j'ai quelques informations sur la librairie, paraît-il très belle, nichée au cœur de village de Roussillon.
Que donnera cette journée? Jeudi, c'est jour de marché, il y aura du monde, peut-être, des touristes, certainement. Il paraît que les livres de terroir ont la cote ces jours-là.
Si cette facette de mon dernier roman correspond à la demande, ce n'est pas celle que j'ai vraiment voulu développer. Le monde des bergers y est omniprésent en surface, mais c'est surtout l'aventure humaine de mon personnage, son regard sur un parcours de vie qu'il n'a pas choisi et les décisions qui s'imposent à lui au fil des rencontres qui ont guidé mon inspiration. On classifie de terroir les romans dont le cadre est la campagne, pourquoi n'étiquette-t-on pas les livres "citadins", à l'image des Parisiens qui sont les seuls à parler de province? Un "provincial" ne prononce jamais ce mot, il habite Lyon, Avignon, Bordeaux, la Normandie, le Pays basque, mais jamais la province. A partir de combien d'habitants le lieu de l'intrigue quitte le terroir?


Mais peu importe, le livre est écrit. Édité depuis quatre mois, il reçoit des commentaires tout aussi variés et colorés que l'expérience de vie des lecteurs. Peu importe l'approche littéraire que je ferai aujourd'hui, ce que je ne leur dirai pas, ils le découvriront. S'ils veulent du décor, du cadre, je leur en servirai…
De la librairie au salon national, chaque rencontre est différente, mais chaque fois, par manque de notoriété, il faut séduire, inviter, présenter son univers, celui dans lequel je baigne dès que je quitte ce monde pour écrire. Je dois traduire en quelques mots le terreau de mes rêves, mes aventures intérieures, mes espoirs, mes utopies, mais aussi mes déceptions, mes regrets, mes échecs, … errances de la nature humaine.


Dix heures, le campanile sonne sur la place de la mairie de Roussillon comme retentit le gong sur un ring de combat. Me voici installé à l'ombre sur la place devant la librairie, face aux terrasses de cafés et aux badauds. Mes livres sont présentés sur une table recouverte d'un tissu provençal; la longue ligne droite de la matinée s'ouvre devant moi. Si le public ne vient pas, j'aurai au moins le temps d'écrire quelques lignes, à l'image de celles qui commencent à s'accumuler ici.

La semaine dernière, Maurice, un auteur aussi édité chez Elan Sud, a eu tout le temps. Il est vrai que "La sentinelle", l'histoire d'une femme, médecin urgentiste envoyée à Kaboul avec MSF, qui raconte ses frasques amoureuses et érotiques remontées à la surface de sa vie — parenthèses salutaires au milieu d'un monde déchiré par la guerre, l'intégrisme et la domination mâle — après avoir reçu en cadeau une statue d'un ancien amant, ne fait pas recette entre les glaces et le sachet de lavande souvenir… Il paraît que le touriste n'était pas là pour réfléchir, il cherchait du local, de la Provence éternelle, de la cigale et de l'accent qui chantent, pas du style, du verbe, de la dynamique littéraire… Cette espèce éphémère qu'est le touriste perdrait-elle toute fonction cérébrale? Non, quand même !


Alors, je continue, malgré moi, à écrire en espérant que ma prose s'arrêtera là, qu'au moins, quelqu'un franchira ce rubicon de quelques mètres, pourtant bien au sec. Les passants auraient-ils peur de se noyer dans une réflexion sur le sens des mots? Quelqu'un viendra-t-il m'interroger à l'heure où toutes les questions surgissent?

La librairie n'est pas responsable des passants, surtout dans un village où la population est changée chaque semaine. Elle a fait tout ce qu'il fallait : affichage des dates de rencontres, livres mis en avant, contacts avec la presse, multiplication des dédicaces pour les transformer en rendez-vous réguliers… de quoi donner l'exemple à certaines librairies qui se contentent de sortir les livres des cartons à l'arrivée de l'auteur en espérant qu'il aura fait venir ses amis. Ces librairies font venir les écrivains comme on décore une boutique, à l'image de ces automates dans les vitrines des grands magasins du boulevard Haussmann à Paris, à l'époque de Noël pour émerveiller les enfants. Malheureusement, aujourd'hui, je n'émerveille personne, le subterfuge ne fait pas recette. Pourtant, je suis le parfait automate. Une table, des livres, un bloc de papier et voici la marionnette qui fait courir son stylo, noircit le blanc du papier d'un fil continu, l'illusion est parfaite. A quand le nouveau modèle de santon pour la crèche provençale? Après le meunier, le berger et le Ravi, voici l'écrivain. Le mécanisme serait simple à créer, une main qui bouge pour simuler l'écriture, stylo en main. La main s'arrête pour laisser bouger les lèvres et relever la tête. Puis, le visage se fige, la tête se baisse et la main recommence à bouger. Chaque santonnier pouvant régler l'alternative des mouvements à la cadence qu'il souhaite.

Aujourd'hui, les touristes, sourire béat en découvrant le campanile, les façades d'ocre, vite capturés d'un coup de lasso numérique, en ont pour leur folklore : le santon écrivain leur est proposé en prime dans le décor. Celui du jour possède l'option renseignements touristiques, garde poussette pendant que madame visite la librairie ! Pour le prix des cartes postales, il faudra aller voir dedans, désolé…
Quelle chance! Ils auraient pu tomber sur le modèle ténébreux, celui qui râle, qui peste, qui ne décroche aucun sourire. Quoiqu'il faille se méfier, car certains modèles souriants se transforment au fil des heures à cause du déséquilibre dû à la suractivité de la main face à l'inactivité de la bouche.

Je refuse, je résiste. Darkvador, sors de mon corps, tu n'es pas mon père!
Arrêtez-moi, empêchez-moi de sombrer, d'assombrir ces feuilles jusqu'à plus d'encre!
Ahhh, un couple s'avance, … oui, enfin… zut, des Hollandais!
Mais n'y a-t-il personne qui lise dans ce village, … lage, … lage, … age, … age, … ge?
J'aime les paradoxes : ma première dédicace est pour "Toca Leòn!", une aventure au rythme des tambours cubains et non des tambourinaires et des galoubets.
Treize heures, le mystère reste entier, j'ai signé autant de "percussionnistes" que de "bergers". Le libraire m'invite à me restaurer. Il a raison, comment parler ou écouter parler de littérature le ventre vide? Passons aux nourritures terrestres. Trois heures que je suis là.

Je découvre enfin cette librairie composée de multiples salles en demi-paliers agencées par genres de livres et décorées avec soin, le tout dans un cadre préservé des bâtisses anciennes : tomettes rouges, enduits rustiques, meubles en bois, cheminées, candélabres … une maison de livres, chaleureuse, claire, simple. Un lieu où l'on a envie de s'installer, lire, fouiller, tout voir.
On ne m'avait pas non plus menti sur le restaurant en terrasse, là-haut, au troisième étage, cerné des toits de tuiles romaines, de carrières d'ocre multicolores, de pins, de parcelles de vignes, par les Monts de Vaucluse chapeautés du Mont Ventoux, et, bien entendu, Monsieur Le Luberon, parsemé de ses villages tout aussi renommés. Assis à cette terrasse, je deviens touriste à mon tour, sans quitter ma plume, jouisseur de la vie devant une carte alléchante, tasteur de bons vins, profiteur de la vue imprenable si ce n'est du regard.
On me reconnaît sans le dire à haute voix :
"C'est l'écrivain qui était en bas ce matin", "tu crois", "demande-lui, je te dis que c'est lui"…
Mon stylo continue à gigoter en attendant la commande, la feuille à présent bleuit à vue d'idées. Le patron rajoute une couche, parle fort, de mes livres, de ce que je suis en train d'écrire. Les regards se tournent, se focalisent, confirment les apartés.
Je me laisse guider par l'œil gourmand de la serveuse qui pétille lorsqu'elle me répond sur le contenu des plats, des desserts. En d'autres circonstances — au bistrot avec des copains, à partager des bières — j'aurais écrit d'autres remarques, plus masculines… mais le lieu ne s'y prête pas. Il en résulte quand même une oscillation de mon regard en le panorama unique et cette charmante demoiselle.
Cette pause gastronomique est décidément très bénéfique. Tout y est succulent.

De retour devant la librairie, je reprends mon poste.
Le parasol procure une ombre que je partage avec mes livres, crée un espace privé d'où je peux laisser mon regard se poser sur les gens qui passent, parés de leur attirail d'estivants. Venus à pied du bas du village par les ruelles ombragées, bouteille d'eau, appareil photo, prospectus en main, couples et familles, accompagnés de chiens à la langue pendante et au souffle haletant, débarquent sur la place sous un soleil écrasant, rouges, suants, mais ravis.
Rares sont les solitaires. On ne viendrait pas seul à Roussillon? En voilà un, justement, qui s'installe à la terrasse d'un café. Seul, il ne l'est pas vraiment, il est venu avec son livre. Lui aussi s'isole dans son espace, bulle étanche au reste du monde, invisible pour les autres.


Il suffisait d'attendre pour que le temps passe… laisser faire.
Ils sont quand même venus, ont demandé, nous avons parlé. Des prénoms pour une dédicace, quelques mots résumant l'instant, le centre d'intérêt pour une écriture qu'ils ne tarderont pas à découvrir ou à offrir.
L'auteur qui se déplace en librairie ne le fait pas pour l'argent. Une vingtaine de livres va lui rapporter une trentaine d'euros — entre 7 et 10% —, juste de quoi payer l'essence s'il vient d'à côté. Il vient pour se faire connaître. C'est aussi un moyen de remercier les libraires qui se battent pour faire découvrir les auteurs éloignés des autoroutes médiatiques, travail militant pour les livres qui voyagent par les chemins de traverse.
 
Dominique LIN
 

Le site de la librairie, à découvrir sans modération : Maison Tacchella - Librairie de Roussillon

Photos : © Luberon News

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