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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 18:46
Je m’interroge …Sous les paillettes et le gling-gling, il n’y a rien, d’accord. Mais  au fond de l’Homme, derrière  l’immensité de ses pensées et de ses  créations innombrables, quoi ?
Regardons  ce qu’en dit  la littérature et particulièrement cette petite merveille :

« Molloy »
De Samuel Beckett,
Aux éditions de minuit

Après Proust, Beckett ? D’accord, j’exagère ! Pourtant quel bonheur de  rapprocher ces deux là. Car l’amour de l’un ne va pas sans l’admiration  de l’autre, même si Proust achève sa quête dans la plénitude du temps retrouvé, tandis que  Beckett sombre, avec une délectation féroce et un humour au vitriol, dans le vide absolu du non-sens. Molloy est un roman double. Côté face, un SDF à béquille, qui, sur une bicyclette rafistolée,  cherche sa mère au fond des fossés. Dans un décor aussi flambant qu’un poireau bouilli sous un ciel de Toussaint, Molloy raconte sa vie au travers d’instants immobiles et de guingois.  Au fur et à mesure de son récit, il tombe dans une inactivité totale,  pour finir sous des feuilles mortes après une longue reptation. Côté pile, Moran, un détective solitaire chargé d’enquêter sur Molloy. Moran, homme de convictions, inflexible et sûr de lui, est lancé à la recherche de Molloy par une autorité à l'allure vaguement divine, Youdi. Moran se perdra pour finalement rejoindre Molloy dont il est l’ombre,  le double absolu. Les deux récits se répondent dans une série d'échos fuyants et  de miroirs à donner le vertige. Quelle fascination pour  l’immobilité définitive du paysage ! Pour l’inertie absolue des sujets ! Pour la fixité de l’espace ! Rien ne se perd et très peu se transforme d'une heure, d'un jour, d'une vie à l'autre, celle de Molloy ou  celle de Moran (la même ?), naissance et mort se rejoignant dans le même instant final (ou  débutant ?).  Beckett écrit en Français.  C’’est pour appauvrir son Gaëlique irlandais, bien trop truculent et coloré pour les univers blafards qu’il veut nous transmettre : le résultat est  glaçant. Avec le Grand Marcel, nous étions dans le rêve impressionniste. Avec le Maigre Samuel, nous voilà réduits à occuper de moins en moins d’espace et de temps, à renoncer à toute autre consolation que l’effacement absolu. Avec Beckett je suis tombé dans le vide absurde. Je n’ai pas eu mal, non.
Pire :
je me suis décomposé,  avec cet attachement  étrange pour ce qui reste… quand il ne reste plus rien.

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