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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 09:05
Survivre avec les loups

Nous avons tous ou presque entendu parler de cette histoire. Moi je lui dis bravo, car l’imagination doit faire partie intégrante de l’auteur. Dans le cas présent, Misha Defonseca a rendu vivante son histoire. Elle en était tellement imprégnée qu’il était facile de faire transpirer cette réalité illusoire. Les médias n’attendaient et ne voulaient entendre que cela, c’est tellement plus savoureux une histoire comme la sienne comparée à celle de monsieur ou madame tout le monde !!!
J’ai une horreur viscérale du mensonge, et le titre de cet article m’a interpellé, je vous le livre,  le laissant à votre appréciation.
Corinne

Qu'est-ce que le mentir-vrai?
par François Busnel
C'était donc faux. Tout. La traversée de l'Europe à pied, à l'âge de sept ans, à travers la neige et le blizzard. L'adoption par une louve et sa meute. Les parents arrêtés par la Gestapo. L'officier allemand abattu au coin d'un bois. Le ghetto de Varsovie. La judéité. Tout était faux. Misha Defonseca s'appelle en réalité Monique De Wael et n'est pas l'héroïne du livre autobiographique qu'elle a signé, Survivre avec les loups. Misha Defonseca est une affabulatrice. Elle s'est inventé une existence hors norme, a écrit un livre et l'a présenté comme le récit exact de son itinéraire plutôt que comme une fiction, faisant ainsi croire à ses lecteurs que ses délires étaient le reflet de la vérité.

Et alors? me direz-vous. Alors, ce livre n'a rencontré le succès dans les dix-huit pays où il a été traduit que pour une seule raison: il était présenté comme une histoire vécue. Bien sûr, ce n'est pas la première fois que, pour vendre sa camelote, un éditeur nous fait le coup de l'histoire vraie. Ni que les journalistes se font berner. Mais cette fois-ci, on ne peut s'empêcher d'avoir la nausée. Confondue par un spécialiste des enfants-loups puis par un généalogiste ému par les invraisemblances de son récit, Misha Defonseca affirme aujourd'hui qu'elle n'y est pour rien. Que c'est un agent qui l'a convaincue d'écrire. On imagine les arguments: «Du vécu, faut du vécu. C'est bon, ça, coco. Bien meilleur que le roman. Non, ce qu'il faut, c'est être mis en place au supermarché, près de la caisse. A côté des produits de vaisselle et des magazines de téléréalité. Et pour ça, faut du vécu. Y'a qu'ça de vrai, pas vrai? Tu penses, l'histoire authentique de la petite fille en haillons qui parcourt la terre entière pour retrouver ses parents raflés par les vilains nazis, ça va faire pleurer dans les chaumières, ça. Tiens, oublie pas d'ajouter un fond de Shoah, ça sera plus vendeur. Et les gentils loups qui vont adopter la fillette, ah oui, c'est bon, ça, les loups, ça fait littéraire, les loups, ça rappelle Jack London, Mowgli et tout... Et les arguments de vente... Non, mais, tu les vois, les arguments de vente? Une histoire incroyable mais vraie!» Les agents sont semblables aux éditeurs: ils savent qu'un mensonge vraisemblable est plus vendeur qu'une vérité ennuyeuse. Alors, tout ce beau monde ferme les yeux et joue aux naïfs lorsque la supercherie est éventée. C'est, très exactement, prendre les lecteurs pour des imbéciles.

Misha Defonseca, et avec elle les éditeurs qui ont gobé ses aventures abracadabrantesques, n'a pas seulement répondu à la demande d'un public toujours prêt à ce qu'on verse dans son assiette une louchée supplémentaire de pathos, elle s'est rendue complice d'un processus de crétinisation du monde. Car que nous raconte, en réalité, cette triste aventure éditoriale? Que le marketing du témoignage règne désormais en maître sur le monde des livres. Et que toute victime est héroïque.

Prétendue victime et témoin autoproclamé, Misha Defonseca n'a reculé devant rien pour se faire mousser: sans le moindre état d'âme, elle a instrumentalisé la Shoah. C'est cela qui est odieux. A-t-elle, au moins, écrit un grand livre? Après tout, c'est la seule question qui vaille. L'ami Cendrars n'a vraisemblablement jamais mis les pieds là où nous entraîne La prose du Transsibérien, mais il a laissé un chef-d'oeuvre. Que vaut donc, littérairement parlant, Survivre avec les loups? Pas grand-chose, hélas! Style sec, simple, souvent lourd. Sujet-verbe-complément. Peu de relief. Peu de saveur. L'éditeur français, XO, à la parution du livre, l'envoyait aux journalistes assorti d'une lettre personnalisée dans laquelle surnageait un argument et un seul: cette histoire incroyable est totalement vraie. Garantie sur facture!

Une imposture qui pose problème. Ne nous plaçons pas sur le terrain de la morale - et moins encore de la morale littéraire - mais sur celui de l'analyse: non seulement cette imposture érige la victime et le témoignage en étalons suprêmes de la littérature mais elle efface la nécessaire limite entre mensonge et vérité. René Girard écrivit un beau livre sur le sujet, jadis. Relire Mensonge romantique et vérité romanesque. Le romancier a tous les droits, c'est entendu. Mais l'écrivain qui renonce au roman, celui qui prétend dire la vérité et retracer l'histoire telle qu'elle s'est déroulée, celui-là n'a qu'un seul droit: s'en tenir aux faits. Sinon, qu'il écrive un roman. «Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende», dit-on en Amérique où vit désormais Misha Defonseca. Cela vaut à condition d'avoir du talent. A condition de savoir transformer la vie en oeuvre d'art. Dès lors, plus besoin de préciser qu'il s'agit d'une histoire vraie. Cendrars, encore. Ou, sur l'odyssée d'un enfant juif à travers l'Europe centrale, l'écrivain israélien Aharon Appelfeld.

Avoir du talent: c'est à cette seule condition que l'on pratique le mentir-vrai. Ce que n'ont compris ni Misha Defonseca ni les éditeurs qui ont fermé les yeux sur ces désastreux mensonges. Cette lamentable histoire dit tout d'une époque qui a renoncé à la vérité. Une époque qui se goinfre de légendes et de paillettes. Vite, une bouffée d'air frais!
© Lire, avril 2008

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