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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 11:55

 

L’étrangère aux yeux bleus est autant un roman d’aventure captivant qu’une fresque historique. Nous sommes aux confins de l’empire soviétique, proche de l’Alaska où vivent, depuis des millénaires, Esquimaux, Inuits et Tchouktches dans une harmonie et un bon sens issu du besoin de survivre dans un milieu hostile et glacé.
Si ces tribus arrivent à vivre ensemble, cela n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps où régnait la guerre et de nombreux morts venaient tacher la glace d’un sang aussi rouge d’une ethnie à l’autre. Un jour, ils en ont eu assez et ils ont décidé d’envoyer des enfants de chaque groupe chez les voisins, ainsi, ils ne se tireraient plus dessus. Les chasseurs de phoques qui avaient besoin des éleveurs de rennes, et inversement, purent à nouveau s’entendre et faire du troc : la graisse de phoque pour l’éclairage, les boyaux pour tresser des cordes et les rênes pour leur viande et leur peau, afin de confectionner les habits et les Yarangas (habitation traditionnelle tchouktche)
On passait de l’Alaska à la Russie sans y penser, car dans ce monde, seules les frontières naturelles arrêtaient les hommes.
Après la Deuxième Guerre mondiale, une fois le fascisme écrasé, Staline ordonna que les troupeaux de rennes du Grand Nord soient mis en commun dans les kolkhozes. Accusant les éleveurs d’exploiteurs, il les faisait enfermer dans des camps ou les faisait exécuter s’ils refusaient de se soumettre. Des membres du Parti devenaient éleveurs sans compétences et ruinaient le cheptel indispensable à la vie.
Les Américains devinrent le pire ennemi, le diable en personne ! Les familles furent séparées par les frontières imposées, adieu la libre circulation !
En 1947 à Ouelen, la ville la plus orientale de Sibérie, Anna Odintsava, une jeune étudiante en ethnologie dont les yeux sont d'un bleu semblable à ceux des huskies , débarque de Leningrad pour faire sa thèse de doctorat sur le peuple tchouktche. Elle ne souhaite pas faire son observation de l’extérieur comme l’ont fait, avant elle, de nombreux ethnologues reconnus.
« Je ne veux pas renouveler l’exploit scientifique de Margaret Mead. Je veux la dépasser et m’assimiler au peuple que j’étudie, chose qu’elle n’a pas réussi à faire. J’irai assurément plus loin qu’elle, je décrirai la vie d’un peuple primitif de l’intérieur et non du dehors ».
Alors, elle va se laisser tomber amoureuse d’un jeune Tchouktche étudiant lui aussi,  qui rejoint son père, éleveur d’un grand troupeau de rennes, mais aussi chaman.
Anna va rapidement se marier avec Tanat et le pousser à partir avec son père qui refuse les ordres de Staline.
De là va commencer une immersion totale dans le mode de vie tchouktche, dure, ingrate, solitaire, mais en harmonie avec la nature, les rituels et l’équilibre du monde. Après de mois de nomadisation, d’adaptation, de notes dans un carnet sur la vie nomade, d'initiation, de questionnements et de doutes, Anna s’intégrera à ce mode de vie, mais la doctrine soviétique veille à ce que tout le monde entre dans le rang fixé par Staline !

Youri Sergueïevitch Rytkheou, né le 8 mars 1930 à Ouelen, est un écrivain tchouktche dont la langue d’écriture était à la fois le tchouktche et le russe. Il est un passeur de savoir comme le griot, mais lui a décidé de le faire par écrit.
Ce roman est aussi un témoignage sur l’extinction de la culture de ce peuple tchouktche par l’embrigadement, mais aussi par les effets de l’alcool.
Ce roman fait partie du fond de littérature étrangère d’Actes Sud qui a fait sa renommée.

L’étrangère aux yeux bleus, roman de Youri RYTKHEOU
Actes Sud - Babel Aventure — 2002 / 11 x 17,6 / 288 pages
traduit du russe par : Yves GAUTHIER

D.L

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 08:51

P1070969.JPGLundi 26 mai, j’étais invité à une manifestation organisée par les Amis du Vieux Velleron en l’honneur d’un résistant du Vaucluse, Sylvain Meyer, alias Commandant Gervais.
Une rencontre pour lui remettre officiellement un livre retranscrivant ses propos tenus lors d’une conférence sur la Résistance, texte enrichi de témoignages, souvenirs, documents et photos ; travail réalisé par cette association qui transmet la mémoire du village de Velleron.
Une soirée, sur invitation, à laquelle une cinquantaine de personnes — des résistants, des rescapés des camps, des enfants de martyrs — avait tenu à assister et où j’avais été convié à présenter l’ouvrage collectif 39-45 en Vaucluse.


Dominique_Lin_-Editions_Elan_Sud-_P1080001.JPGCe fut un plaisir de revoir certains témoins, des personnes avec qui j’ai travaillé pendant des mois, chacune contribuant ou collectant des textes, des récits, des bribes de mémoire, pour que cela reste, avant qu’ils partent tous.
Sylvain Meyer a voulu partager les honneurs avec ses copains. Comme il l’a rappelé, il n’a rien fait seul.

C’était simple, c’était chaleureux.

On a toujours envie de dire merci à des gens comme lui, comme eux.
Lorsqu’on m’a demandé de parler de 39-45 en Vaucluse, j’avais perdu tous mes mots tant je me sentais petit à côté de ces personnes qui pouvaient donner des leçons d’humanisme à la terre entière alors qu’ils auraient pu avoir toutes les raisons de lui en vouloir !
Certaines personnes sont venues me féliciter pour l’ouvrage, félicitations que j’ai prises pour le collectif qui y a participé.
P1080046.JPGSi j’avais oublié ou minimisé pour un temps l’importance du travail accompli en réalisant ce livre avec la cinquantaine de personnes qui y ont travaillé, les entendre m’a rappelé l’essentiel : donner la parole à ceux dont les yeux ont vu la fumée monter des cheminées où l’on brûlait des corps, dont les oreilles ont entendu les bombes et les balles déchiqueter des millions de vies, dont le nez a senti l’odeur des cadavres jetés en vrac par centaines dans des trous rebouchés à la hâte.
Aujourd’hui, ces « anciens », qu’ils aient été soldats, résistants, déportés, et leurs descendants, filles ou fils de fusillés lors de massacres comme à Valréas, Izon ou ailleurs, rencontrent les enfants dans les collèges et les lycées, pour qu’ils sachent ce qu’est la dictature, le nazisme, ce qu’a vécu l’Europe lorsque les hommes ont laissé la folie les gouverner. Ils vont leur parler, leur expliquer que ce n’était pas un film, et que personne n’a envie de revivre cela…

 
Dominique Lin

 

Cliquez sur les photos pour les voir en grand. Merci aux amis de Velleron pour la transmission des photos
Pour voir toutes les photos : cliquer ici

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 10:15

rufinQuand des amis vous proposent de découvrir un livre, c’est l’occasion d’être surpris, de ne pas choisir et de sortir de vos critères de sélection habituels, sans attentes et c’est bien comme cela.

Alors, j’ai lu Immortelle randonnée.

Comme pour tout roman — là, c’est plutôt un récit —, les impressions sont à plusieurs niveaux. Au départ, on apprécie le style alerte, fluide, peut-être un peu trop, par moments à la limite de l’insipide, mais au moins, on termine le livre, on l’avale, un peu comme un vin trop léger qui ne reste pas en bouche, au risque de ne pas avoir envie de se resservir. C’est propre, c’est clair, structuré, organisé, mais… c’est plat.

Tout ce que Rufin aime ou déteste, sait déjà ou découvre en profondeur, est écrit sur le même niveau. Qu’il soit propre et rasé de frais ou qu’il sente le mâle qui n’a pas vu de salle de bain depuis trois jours de marche au soleil, qu’il traverse une zone industrielle malodorante ou qu’il parcoure les paysages des plus merveilleux, Rufin le diplomate ne nous enfonce pas dans l’humeur, ne nous fait pas décoller dans le sublime comme il ne nous fait pas souffrir dans la douleur du corps qui craque sous le poids du sac à dos ou des pieds qui hurlent.

En bon diplomate qui ne veut pas choquer son interlocuteur, il nous prévient de ce qu’on va lire (au cas où…) en titrant les chapitres : attention, voilà ce qui va se passer ! Mais aussi en nous prévenant encore, du genre : c’est là que j’ai fait une rencontre étonnante.

Non, monsieur Rufin, le lecteur n’est pas un idiot, prenez cela pour base d’écriture. Étonnez-le, coupez-lui le souffle, enchantez-le, pas avec des panneaux indicateurs préventifs, mais avec du rythme, de la sonorité, du relief !

120620_016_abbaye_de_beauport_un_point_de_depart_jusqu_a_sa.jpgAlors, le fond, ce fameux pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Oui, moi qui n’en ai que la culture générale, les échos épars d’amis qui l’ont fréquenté, je le découvre, ou du moins, j’en découvre une facette. J’ai cheminé, sans souffrir ni sentir ou ressentir, avec ce pèlerin qui me fait plus penser à un bo-bo en balade qu’à un marcheur en recherche. Mais au moins, j’ai appris quelque chose. J’ai même envie de diriger la conversation vers le sujet la prochaine fois que je rencontrerai telle ou tel ami qui l’a emprunté à plusieurs reprises, pour aller plus loin, pour comprendre un peu plus, pour diversifier les impressions.

J’avais été attiré par l’allusion à Diderot sur la 4e de couverture. C’est vrai que Rufin donne son avis, sa vision du pèlerinage et de l’évolution de l’état du corps et de l’esprit au fil des jours, des kilomètres parcourus et des dépassements nécessaires à tout effort sur le long terme. Sa vision est intéressante, car elle, pour une fois, contraste avec le sacro-saint rapport à Dieu et l’ensemble des âmes bien-pensantes qui ne peuvent imaginer ce Chemin sans le relier totalement à la religion. Rufin n’exclut pas Dieu dans son raisonnement, il l’englobe pour mieux s’en écarter, mieux s’en défaire, car il n’en a pas besoin pour avancer, voire grandir sur le Chemin, ce serait même le contraire. Attacher le pèlerinage à la religion, c’est s’enfermer, s’empêcher de vraiment évoluer, se couper de l’opportunité de franchir le pas vers cet inconnu qui est en nous et rester dans un schéma établi à l’avance donc très loin de l’aventure. Connaître le parcours et la destination dès le départ augure d’un bien triste voyage. Il termine même en dénonçant le piège à touristes qu’est devenue l’étape finale, un peu comme Lourdes où le but est caché derrière les étals de souvenirs fabriqués en Chine dans des rues piétonnes et marchandes.

1009345-Saint_Jacques_le_Majeur.jpgCe qui m’a gêné, c’est la façon dont Rufin décrit ce monde du Chemin. Comme ces gens qui vivent pour la première fois une expérience et se transforment en professeur patenté : Le Jacquet ceci, le Jacquet cela. Non, monsieur Rufin, vous avez ressenti, expérimenté ceci ou cela, mais pas tous les pèlerins ! Il y a autant d’expériences que d’hommes sur le chemin. Vous parlez de modestie et d’humilité, commencez par en imprégner votre récit, c’est peut-être ainsi qu’on les ressentira.

Alors, pour résumer, ce petit guide du routard de Compostelles est intéressant, éveille l’envie d’en savoir un peu plus, c’est déjà pas mal. Pour le reste, je n’ai pas été emballé, vous l’avez compris.

La critique des médias classiques encense l’auteur et son livre… ce qui a pour effet d’éveiller ma méfiance, surtout quand les arguments reposent sur l’habit vert, le Goncourt et la carrière diplomatique de l’auteur.

Un dernier mot, une dernière note positive sur l’éclairage provoqué par l’auteur en signant chez Guérin, un petit éditeur, l’occasion d’aider l’édition indépendante.

 

Présentation de l’éditeur :
Jean-Chistophe Rufin a suivi à pieds, sur plus de 800 km, le « Chemin du Nord » jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice.
« Chaque fois que l’on m’a posé la question “ Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ? ”, j’ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l’ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s’y engager ? On est parti, voilà tout. »
Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d’autodérision plein d’humour et d’émerveillement, « Immortelle randonnée » se classe parmi les grands récits de voyage littéraires.
On y retrouvera l’élégance du style de l’auteur du Grand Cœur et l’acuité de regard d’un homme engagé, porté par le goût des autres et de l’ailleurs.

L’auteur
Jean-Christophe Rufin, médecin, pionnier du mouvement humanitaire a été ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010. Il est l’auteur de romans désormais classiques tels que « L’Abyssin », « Globalia », « Rouge Brésil », prix Goncourt 2001. Il est membre de l’Académie française depuis 2008.

 

Dominique Lin

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 13:49

deligny_polarS.jpgLisière, c’est le premier mot qui me soit venu à la plume.

À la lisière… lorsqu’on connaît le parcours de Fernand Deligny, on sait que ce mot lui correspondait, l’a suivi, lui a collé aux semelles une bonne partie de sa vie, à moins que ce ne soit lui qui ait toujours fait attention de s’y tenir, à la lisière, frontière parfois invisible, ténue, comme sur le fil de l’équilibriste qui oscille entre tension focalisée sur le prochain pas et détente pour continuer de mener à bien le projet en cours.
Parler de Deligny, au nom de…, quelle tâche ardue et dangereuse, tant son regard sur les mots et le langage était pointu, piquant parfois, mais aussi décalé du sens appelé commun par des gens qui l’utilisent ce langage d’une façon parfois peu commune. Et ce langage, Deligny s’attachait à ce qu’il soit commun, qu’il parle comme un, un qui n’est pas je.


Chaque mot avait de l’importance, et si Deligny pouvait le corriger, le remplacer ou l’enrichir à l’écrit, à l’oral, lors d’entretiens avec des journalistes ou avec des sommités reconnues de la science humaine, il offrait plus de silences à son interlocuteur que d’enfilades de mots articulés par habitude mécanique. Je ne sais plus si c’était un Larousse ou un Robert, mais combien de fois l’ai-je vu consulter son dictionnaire avant de dire un mot, essayant de valider la définition, aussi imparfaite soit-elle, qui serait celle à laquelle se référerait la personne qui l’écoutait.

Alors, quand j’ai appris que les éditions L’Arachnéen allaient faire paraître un inédit posthume de Deligny, le 7 novembre 2013, date anniversaire où l’auteur aurait eu 100 ans, je n’ai pas hésité, sachant qu’il allait m’offrir l’univers des mots d’un homme qui a passé sa vie à y faire attention, autant pour les transmettre que pour s’en méfier.
De ce roman, je n’ai pas été déçu, loin de là ! Nous y retrouvons un narrateur personnage principal, le je de l’histoire, à la lisière de l’hôpital psychiatrique, y étant sans en être, et s’installant dans le paysage à force de présence, comme l’auteur l’a toujours fait, être là, et par là même, déplacer le centre de gravité.
Nous pourrions certainement retrouver ce genre de personnage « hors les murs » dans tout autre roman, c’est sûr, mais ce que nous offre Deligny, entre autres, c’est son regard sur l’institution et tous ceux qui l’habitent, en costume de coton usé ou en uniforme à casquette vissée.
Il vous suffira de lire la 4e de couverture proposée par l’éditrice* pour connaître le fil de l’histoire ; ce qui m’importe, c’est la nature du fil avec lequel Deligny l’a tissée. Il a cette force de retendre certains mots, de révéler les infinitifs épurés de leurs imparfaits ou de leurs conditionnels.
Il y a tant à dire sur ce roman, sur les prénoms utilisés, mais qui ne parleront qu'à ceux qui ont connu l'auteur, sur ses références à l'institution, là encore même remarque, sur son utilisation du sens, de l'image, de l'évocation… Je m’arrêterai donc là pour vous inviter à saisir l’audace de sortir des routes ba[na]lisées de la littérature.


Merci à Sandra Alvarez, responsable des éditions L’Arachnéen, de nous transmettre l’œuvre si riche de Fernand Deligny, auteur de livres dits sparates, sparate n’existant pas plus que la case où essayer de faire entrer cet homme écrivain, mais aussi, initiateur de tentatives avec des délinquants, puis avec des autistes mutiques profonds en Cévennes, à Graniers, hameau de quelques âmes où le monde entier est venu lui rendre visite.


Parler d’un homme aussi vaste que Deligny entraîne une version parcellaire. On ne peut en avoir fait le tour, surtout de lui qui a avancé jusqu’à son dernier jour. Qui peut prétendre l’avoir connu entièrement ? Autant le lire…

Dominique Lin


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* La Septième face du dé est le second roman de Fernand Deligny après Adrien Lomme (si l’on excepte un roman policier, Anges purs, publié sous le pseudonyme de Vincent Lane).
Du fond de son bureau de Graniers, à Monoblet (Cévennes), parmi les enfants autistes du réseau qu’il a fondé en 1968, il retourne à l’asile d’Armentières où il a vécu et travaillé comme instituteur puis comme éducateur pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le point de départ du roman est une énigme : Gaspard Lamiral, « le Roi, la pièce maîtresse autour de laquelle se joue toute la partie » (Roger Gentis), a disparu sur le champ de bataille, en 1917. En 1930, à l’époque où le roman a lieu, il est là, au milieu de la cour de l’asile, aussi fou qu’un fou peut l’être, perdu dans sa mémoire.
D’autres personnages traversent le récit, dans cet asile où le temps ne passe pas, où les bâtiments sont posés sur le sol de scories noires de l’asile comme sur une mer d’huile. Tous sont des spectres de Gaspard Lamiral ; ils se nomment Dernouville (le surveillant-chef, dit « l’amiral »), Demeulenaere, Delannoy, Delarane… Manque Deligny.
Pour tenter de rejoindre Gaspard Lamiral dans l’antan, le narrateur, qui est instituteur à l’asile, mais habite sur la Grand’Place, décide d’entrer dans l’asile, et d’y mettre en scène leurs retrouvailles. Le temps bref de la scène durant laquelle Gaspard Lamiral est resté assis en face de lui, une main « posée sur le dos, morte comme ces fleurs de mer qui restent sur le sable quand la marée est repartie », sa silhouette s’est inscrite, projetée sur le « pan de lumière » du mur de la chambre. Autant dire sur la page.

Ce roman étrange, sorte de polar psychanalytique qui laisse entrevoir la place vide occupée par la mort du père – Camille Deligny, tué en 1917 et dont le corps n’a jamais été retrouvé –, est une pièce essentielle de l’œuvre. Au cœur de La Septième face du dé repose en effet la question de la trace, qui reconduit indéfiniment le travail d’écriture comme la transcription des trajets des enfants autistes, leurs lignes d’erre. Nul livre n’expose avec autant d’évidence la double vocation de Fernand Deligny, éducateur et écrivain. »


160 pages - 4 images
Format : 21,5 x 13,5 cm - Prix : 16 euros
ISBN : 978-2-9541059-3-2 - Parution : 7 novembre 2013
Postface de Sandra Alvarez de Toledo
www.editions-arachneen.fr/Deligny_7Face_presentation.html
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couv_oeuvres.pngChez L’Arachnéen, toujours, d’autres livres sur Deligny :
Fernand Deligny - Œuvres
Édition établie et présentée par Sandra Alvarez de Toledo
Avec des textes de Michel Chauvière, Annick Ohayon, Anne Querrien, Bertrand Ogilvie, Jean-François Chevrier
1 848 pages (dont 424 de fac-similés et 54 en couleur) - 557 images
Format : 16,7 x 21,6 cm - Prix : 58 euros
ISBN : 978-2-9529302-0-8 - Date de parution : octobre 2007

www.editions-arachneen.fr/Fernand_Deligny.html

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Deligny_Erre_couv_web.pngCartes et lignes d’erre
Cartes de Jacques Lin, Gisèle Durand, Marie-Dominique Vasseur, Thierry Bazzana, Jean Lin, Dominique Lin, Marie-Rose Aubert... Descriptions rédigées par Sandra Alvarez de Toledo d’après des entretiens avec les auteurs des cartes. Postface de Bertrand Ogilvie.
Bilingue français - anglais
416 pages / 28 x 21,5 cm 177 cartes et lignes d’erre (couleur) / 8 photographies
Prix : 55 euros - ISBN : 978-2-9541059-0-1 - Date de parution : 11/04/2013
www.editions-arachneen.fr/Deligny_cartes_presentation.html
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arachneenFernand Deligny - L’Arachnéen et autres textes
Postface de Bertrand Ogilvie
14 photographies et 18 cartes - 256 pages
Format : 16,7 x 21,6 cm - Prix : 25 euros
ISBN : 978-2-9529302-1-5 - Date de parution : 2 octobre 2008
www.editions-arachneen.fr/arachneen_presentation.html

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 16:46

FÊTEZ LE FRANÇAIS DU 16 AU 24 MARS 2013 !
 

DMDM_SEMAINE.jpgOrganisée chaque année autour du 20 mars, Journée internationale de la Francophonie, la Semaine de la langue française et de la Francophonie est le rendez-vous des amoureux des mots en France comme à l’étranger. Elle offre au grand public l’occasion de manifester son attachement à la langue française en célébrant sa richesse et sa diversité.

L’opération « Dis-moi dix mots » invite chacun à jouer et à s’exprimer autour de dix mots sous une forme littéraire ou artistique de septembre à juin. Ces dix mots sont choisis, chaque année, par les différents partenaires francophones : la France, la Belgique, le Québec, la Suisse et l’Organisation internationale de la Francophonie (qui regroupe 75 États et gouvernements dans le monde). Ils proposent au public autant de pistes de jeu ou de travail pour aborder les multiples facettes d’une thématique dans laquelle chacun peut se reconnaître et manifester son intérêt ou son goût pour la langue française.


Dis-moi dix mots semés au loin


1) Les mots
ATELIER - BOUQUET - CACHET - COUP DE FOUDRE - ÉQUIPE -PROTÉGER - SAVOIR-FAIRE - UNIQUE - VIS–À–VIS -VOILÀ.

2) Écriture
Parmi ces dix mots, choisissez celui qui vous inspire le plus et appropriez-vous le.
Vous utiliserez ce mot comme cœur de votre texte. Vous pourrez l'aborder à votre manière, drôle, poétique, historique…
Il ne faudra pas se contenter de « raconter » une histoire, mais d'essayer de jouer avec le sens des mots, de leur donner de la résonance. Vous travaillerez la langue comme on malaxe la glaise, on la tord, on lui donne vie, pour la transformer en instrument de musique et faire chanter les mots.

3) Lecture

 

Votre texte pourra être publié sur mon blog dédié aux ateliers d'écriture et proposé sur le site officiel Dis-moi dix mots.


****************

4) Renseignements

Vous souhaitez participer à cet atelier :

Lieu : Librairie Elan Sud, 233 rue de Rome, 84100 Orange.

Date : vendredi 22 mars 2013

Horaire : de 17h30 à 20h

Tarif : 20 €

Inscription : 04 90 70 78 78 - Attention il ne reste que 3 places.

Pour connaître mes romans et les ateliers les ateliers, cliquer ici.


5) À distance

Vous ne pouvez pas venir à Orange, qu'à cela ne tienne, travaillons à distance.

Pour tout texte envoyé par email (2 pages A4 maxi), je répondrai par une analyse du texte, autant sur le fond que sur la forme. Prenez contact par téléphone ou par email

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 13:51

livres.jpgOn ne cesse de parler de la course de la rentrée, non pas celle des enfants en âge de scolarité, mais de la sortie des 650 et quelques romans en lice pour les tables et les devantures des librairies.

Qui sera le roi de la rentrée, qui franchira le seuil des 1 000, 3 000, 5 000… 10 ou 100 000 exemplaires ?

C'est la guerre sauvage de la communication depuis plus d'un mois. Les colonnes des revues spécialisées ne sont pas extensibles, il n'y aura pas de place pour tout le monde! Certains auteurs se sentent obligés de s'affubler d'un chapeau ridicule ou de tenir de drôles de propos, et on en parle comme de la femme à barbe, celle qu'il faut aller voir — attention, ne venez pas avec vos enfants de moins de 12 ans —, interviewer, lire, entendre… On lui pose toutes les questions, sur elle, elle, elle, mais jamais sur le fond. Elle pleure en écoutant Shubert en direct sur Radio classique, elle parle de ses envies de meurtre endiguées par l'écriture sur France Culture… ouf, nous sommes sauvés, un tueur en série de moins dans la rue. C'est une bonne cliente, elle fait de l'audimat, alors, on l'invite partout. Qui ne l'a pas invitée, ne l'a pas chroniquée, n'a pas prononcé son nom dans une soirée branchée n'est pas un professionnel du livre !

Dans trois semaines, 80 % des romans parus s'en retourneront chez l'éditeur, direction le pilon. L'édition est la seule industrie qui jette sa production en une telle quantité alors qu'elle est encore consommable.

Les revues, les blogs, les émissions de télévision ou de radio nous imposent le même choix, nous faisant croire que nous décidons, mais, en vérité, pas de choix, juste une liste qui ressort, générée par les budgets publicitaires injectés par les éditeurs dans le circuit du livre.

Le monde du livre se meurt, dit-on, mais tous ceux qui ont les moyens de le sauver ne font qu'accélérer sa chute. On se croirait au cinéma, à la télévision ou au football, on nous sert la soupe. Le livre n'est plus qu'un marché sans âme. Les gestionnaires au service des actionnaires. Concentration des marques, optimisations des dépenses, compression du personnel improductif, gestions des flux, combat avec la concurrence, rachat de joueurs/auteurs, prise de pouvoir dans les médias, contrôle du système de diffusion, distribution et de vente au consommateur, transport.

Vampiriser le marché, s'imposer comme le maître du secteur, racheter les challengers, faire des coups d'éclat et noyer le circuit en envoyant chaque semaine une nouvelle vague de produits.

Demain, nous trouverons les livres au rayon frais, entre le beurre et les yaourts. En dessous du code-barre, nous aurons une date de péremption. Une fois ouvert, vous aurez 8 jours pour le consommer en le gardant au frais. Vous aurez le droit d'appeler le service consommateur en cas de déception. On vous offrira un livre de recettes pour mieux avaler le contenu en y ajoutant des ingrédients épicés, tels qu'un bord de piscine, une plage exotique, une chaise longue sous un tilleul. Vous trouverez alors que le roman a tellement de gout !
Les chroniqueurs vous enverront des ordonnances que vous suivrez à la lettre, la liste à lire, ou tout du moins à acheter. Car peu leur importe que vous lisiez ou non, là n'est pas l'essentiel ! Vous demande-t-on si vous avez mangé votre yaourt ?

L'enjeu est de taille, la rentrée, c'est la grande répétition, le sas donnant sur la cour des Prix. À peine sortis, on nous dit qui est Goncourable, Renaudotable, féminisable… Ce ne sont plus les auteurs qui touchent vraiment les Prix, mais les éditeurs. Deux ou trois Prix dans la même saison, c'est le jackpot !

Pendant ce temps, des centaines d'éditeurs indépendants laissent passer cette vague, continuent à travailler avec leurs auteurs, construisent, titre après titre, un catalogue qui a du sens, du goût, de la tenue. Quand vous ouvrirez ces livres, peu vous importera leur date de « mise sur le marché », car ils auront le gout de l'intemporalité. Vous achèterez un roman pour son auteur, mais aussi pour son éditeur, garant de la patte, du style de la maison, comme on achetait un tailleur Channel ou un cru du Bordelais.

Cela ne veut pas dire que les éditeurs industriels ne sortent pas de bons romans, loin de là, il y en a d'excellents. Le problème, c'est qu'ils sont, eux aussi, noyés dans la masse. Car derrière les grands discours sur la littérature, ce qu'il faut décrypter, ce sont les vraies motivations de chacun. Un industriel se doit de progresser de 5 à 10 % par an. C'est la loi des marchés, la loi des actionnaires. Sinon, le PDG, fils de la famille ou énarque fraîchement recruté, sera viré, sa date de péremption sera atteinte, il n'est plus rentable !

Alors, je demande à tous ceux, et ils sont légion, qui œuvrent dans le monde du livre, de réfléchir à deux fois avant d'écrire leurs prochaines lignes. Êtes-vous en train de vous inféoder au système, êtes-vous, vous aussi, en train de broyer la diversité littéraire au profit de gens pour qui vous n'êtes rien, si ce n'est des marionnettes à leur service. Croyez-vous que votre sens littéraire, votre appétit de mot, votre amour du style seront reconnus parce que vous aurez aboyé avec la meute?

Il ne s'agit pas d'ignorer cette production, mais de laisser plus de place aux autres, aux petits qui se battent pour que le mot culture ait un sens, que l'équilibre soit retrouvé et que les lecteurs aient droit à un vrai choix. Littérature et argent sont deux valeurs différentes voire opposées. Le lecteur n'en a que faire de savoir si le livre sort de chez un industriel ou un artisan.

 

Dominique Lin
C'est par ici 

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publié par éditions Elan sud - dans Chroniques de Dominique LIN
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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 13:54

ateliers d'écritureL'été s'achève avec le dernier atelier estival à la librairie Elan Sud. Ces quatre séances ont permis à des personnes désireuses de se "frotter" à l'écriture de confirmer leur envie de poursuivre.
Pour l'année 2011/2012, les ateliers vont reprendre à la cadence de  2 fois par mois, avec  l’objectif de construire des textes cohérents tout en se faisant plaisir.
 
Ces ateliers sont basés sur le développement de l'imaginaire. C'est un groupe de personnes qui passe du temps à écrire, partant d'une phrase, d'une photo, d'un objet ou d'autres pistes… Après l’écriture, les participants passent à la lecture. Le sujet est parfois relancé par un ingrédient commun ou aléatoire.
Aucune obligation de lecture. Le programme est établi selon le public.
J'interviens en tant que conseil, j'évoque des pistes possibles, des alternatives, des reformulations. J'aide les participants à ouvrir ce canal qui va de l'esprit au papier en passant par la main et la plume.
 
écrireSuivre des ateliers d'écriture, c'est pratiquer une discipline ouverte sur des univers inattendus. Comme toute discipline, la régularité est fructueuse.
Toute l'année, il sera question de construire sa vision de l'écriture, de manier la matière des mots. Parfois, cela ressemblera à des gammes que l'on répète pour les intégrer, d'autres fois, ce sera un travail d'improvisation individuel ou de groupe.
Personnages, situations, descriptions, dialogues, intrigue, narration, introspection… autant de facettes d'un texte à affiner, et plus encore.
Il est important que les participants s'engagent à venir régulièrement pour la cohésion du groupe et le suivi du programme.

 

Tarifs : 100 € par trimestre (6 séances)

Lieu : la librairie Elan Sud, 233 rue des Phocéens (prochainement rue de Rome) - 84100 Orange

Quand : à partir de mi septembre

 

Il reste quelques places dans les différents ateliers (fin d'après midi en semaine)
Pour me contacter : 04 90 70 78 78 ou par email
 
J'anime aussi des ateliers en médiathèque, pour des associations et salons du livre.
Aide à l'écriture de récits de vie, d'autobiographie, romans…

Stages d'écriture sur une journée ou un WE

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 11:14

 

zalberg couvHasard ou qualité éditoriale, je pencherais pour la deuxième solution, car voilà encore un livre que je découvre aux éditions du chemin de fer, et encore une expérience très forte!

Dès la première page, vous êtes accroché. Un nouvel univers, riche, puissant, imagé : une vraie écriture.

À peine les premières lignes avalées, me voici sur cette banquette arrière de taxi avec elle. Elle qui va me tenir en haleine jusqu'au bout, jusqu'au plus profond de sa féminité, de sa sensualité, de sa boulimie de chair, sa chair à lui, son amant, son amour impossible.

Pas d'histoire à relater. Ce livre est un cri de femme, un hurlement d'amour, la vibration d'un corps, telle une corde de harpe que ferait vibrer l'homme dont elle a tant envie.

Les corps entiers se donnent, se rencontrent, s'écrasent, se cognent, s'abandonnent puis se relâchent.

Ce livre n'est que sensualité. Sous la forme d'un texte court illustré vous ne pourrez le refermer qu'une fois terminé.

Les illustrations d'Éric Poincelet, aussi suggestives et finement érotiques soient-elles, apportent une touche concrète à un récit qui n'en a pas besoin car il comporte en lui toutes les images que l'esprit peut imaginer. Mais le trait est fin, les corps attirants et remplis eux aussi d'une forte sensualité — au risque de détourner la compréhension du texte. Elles ont l'avantage d'offrir une pause dans la lecture qui parfois vous embarque tant dans cette fougue amoureuse que vous avez besoin de reprendre votre souffle.

 

Neuvième livre de Carole Zalberg qui n'avait pas encore exploré cet univers — plus habituée au monde des enfants. Que dire d'elle, que j'ai rencontrée il y a peu de temps... Un regard expressif, un sourire communicatif, la capacité de s'émerveiller de l'autre, de l'instant ou de l'envol d'un Gypaète barbu.

Disponible à la librairie Elan Sud à Orange ou acheter ce livre sur internet

 

zalberg caroleNote de l'éditeur

Il n’y a rien de toi que je n’aime pas et un beau jour, tu t’es trouvé là. C’en est peut-être à hurler tant cela semble un rendez-vous manqué. 

Toutefois tu es là : depuis la première heure installé en moi. Je ne peux, ne veux t’ignorer. Mais même là où personne ne va, je n’imagine rien perdre ni abîmer de ma vie avant et depuis toi.

L’invention du désir ou le monologue d’une femme qui célèbre avec lyrisme et sans culpabilité le désir amoureux et les plaisirs de l’adultère.

Carole Zalberg nous entraîne dans les méandres d’une passion qui se tisse entre une femme et un homme, mariés chacun de leur côté. Et là, entre fantasme et réalité, le désordre des sentiments attendu fait place à l’évidente nécessité de vivre et d’inventer jusqu’au bout cette parenthèse amoureuse.

En contrepoint du lyrisme de la prose, Frédéric Poincelet impose son dessin acéré et précis et trace obsessionnellement un jeu de miroirs où le fantasme se fait chair et le désir, érotisme assumé.

 

Parution : novembre 2010
ISBN : 978-2-916130-28-6
Prix : 14 euros TTC

À commander directement sur le site de la librairie Elan Sud, cliquer ici

 

Extraits

Première page :

Ce sont elles qui ont décidé. Nos mains.

Nous étions dans ce taxi qui nous emportait vers nos vies respectives. 

Rien ne s’était passé. Tout avait pourtant été dit par nos yeux. 

Quelques mots aussi qui avaient entrouvert une porte. Mais nous étions encore chacun encerclé par notre propre histoire, le corps et le cœur en quarantaine de tout ce qui n’appartenait pas à celle-ci. Voilà, nous étions toi et moi dans deux sphères clairement limitées. Par instant elles se frôlaient et là naissaient une transparence, une fluidité – comme une béance dans notre enceinte et par laquelle nous étions happés.

Nous roulions donc, encore lointains, avec au ventre des envies de collision, d’une fusion même maladroite et comptée. Or nos vies, tout près, nous attendaient et rien encore ne se passait.

Ta main, alors, sans douceur, s’est posée sur la mienne.

Qui l’a aussitôt saisie, pétrie. J’étais en colère. Tu avais pénétré ma sphère et je ne pouvais faire autrement que t’y vouloir. Je te refusais mon regard en vain : je sentais nos mains en bataille achever de nous mélanger.

Cette guerre éclair nous laisserait tous deux vainqueurs et vaincus. 

Secrètement occupés.

 

 P. 25

Une chambre.

Tu y pénètres avant moi, tires les rideaux pour allumer l’ombre et que je ne voie pas ce qui ne nous appartient pas : les murs un peu sales, le couvre-lit éreinté par des corps inconnus, sur le tapis des traces vagues.

Maintenant viens, dis-tu avec toute la douceur de notre monde.

Je m’avance et même si je sens le sol sous mes pieds c’est dans le vide que je plonge à cet instant-là. Non. Pas le vide. Un espace en suspens où rien n’arrêtera les vertiges et l’affolement ; notre terre comme un ciel.

Tu verras que je vacille et pour me garder entière et vivante tu me jetteras la corde de tes mots enchevêtrés. Pas un instant tu ne cesseras ton tissage étroit, qui me retiendra et me comblera.

Alors j’inventerai mon propre chant pour toi. Arrimée au fil de ta voix, je pourrai laisser mes mains te le réciter.

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publié par éditions Elan sud - dans Chroniques de Dominique LIN
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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 05:34

zones ignorees2Lorsque les vagues des fortes marées de l'Atlantique bousculent votre corps au point de suspendre votre souffle, vous êtes acteur et spectateur à la fois. C'est vous qui décidez de les contrer ou de vous laisser emporter. C'est vous qui ressentez les mille détails de l'instant. Les ressacs sont comme des rires et des pleurs issus de la même veine. Ils vous forcent à explorer des zones ignorées de votre être.
Voilà ce que m'inspire l'écriture de Virginie Gautier dans laquelle une seule phrase peut vous submerger. Du simple élément à l'univers tout entier, la puissance des mots m'a baladé comme une marionnette. Ce n'est pas un livre mais une symphonie. Qu'importe le fond pourvu qu'on ait la forme… Et cette Virginie a du style !
Cette chronique s'est écrite seule, avant d'avoir terminé le livre. Les premières pages, que dis-je, les premiers mots, m'avaient alerté du plaisir que j'allais ressentir. Le jeu a été d'arriver à la dernière page le plus tard possible, pour me baigner dans cette foison longtemps, longtemps…

Partageant mon ressenti avec l'éditeur, celui-ci me confia que certains lecteurs avaient été déroutés. Parlait-il de la force des vagues qui oblige un marin à changer de cap?
Il me faut en venir à l'histoire, que raconte ce livre? On pourrait résumer "Zones ignorées" par la déambulation d'un sans-abri dans les rues de Paris. Chaque lieu, recoin, objet… est vu sous le prisme de l'errance. Pas de pathos, pas de sensiblerie disgracieuse, juste une vision du monde avec des lunettes teintées aux rayons "SDF". Mais cela ne veut rien dire, car à le lire, vous entendrez résonner les mots, les phrases dans l'univers d'écriture de Virginie Gautier que je vous laisse apprécier.
À commander directement sur le site de la librairie Elan Sud, cliquer ici
Extraits :
« Tu dormais et voilà que tu te réveilles.
Des jours de souffrance opacifiés par des années d’intempéries, de suies, de feuilles pourrissantes, filtrent la lumière en une lueur blanchâtre. Elle pénètre difficilement jusqu’ici mais c’est bien elle qui vient et le jour implacable chasse le peu de chaleur, de silence, conquis par le sommeil. Le grondement des moteurs s’amplifie, les passages, rapides puis ralentissant à mesure que le nombre progresse, se calent sur une fréquence et un bruit de fond familier. Tu descends du tertre où tu étais perché laissant en arrière des relents de cartons amollis, de serviettes mal séchées sauf les odeurs du corps qu’on emporte avec soi.  »

« Être soudain si proche.
Toucher du doigt la surface lisse ni tout à fait bleue ni tout à fait verte, hachurée. Quelques griffures sous tes mains, invisibles dans le motif, tes doigts s’y attardent quand ils ne sont pas occupés à recouvrir le globe tiède. Le verre est joufflu, familier comme la surface de la table. Tu es entré dans le monde des objets domestiques, tu les retrouves, inentamés, indifférents aux mains qui les touchent, aux mots qui se décollent des lèvres, avec réticence. On pioche des blocs de sucre. On caresse négligemment la forme renflée, lisse et chaude, savourant ce contact autant que son contenu. »

« Un banc pour un vieux, une vieille, un ivrogne qui finira par s’y allonger de tout son long, totalement sourd aux mouvements autour de lui et à la tombée du jour, sa fraîcheur, son ventre à l’air – pour un passant parlant seul avec de grands gestes dans l’air – une bande de cinq ou six qui passent la bouteille.
Ils se succèdent sans se croiser, les oiseaux le savent et guettent le solitaire, qui épluchera son pain, les aura à ses pieds. Un banc en attente, vers où lorgnent des pigeons prêts à fondre sur quelques miettes, en un amas gigotant lustré écœurant de pattes écorchées, de plumes traînantes, de têtes pelées. Le petit peuple de la survie contraint au ras de terre, privé de l’envol qui fait sa qualité. Tu passes au bord sans te décider à t’asseoir ou à ne pas t’asseoir.
Les piétons par habitude décrivent une large courbe pour contourner le siège tandis qu’au-delà les chemins convergent vers l’abri du bus ou l’escalier du métro dans lesquels ils se tiendront serrés les uns contre les autres. »

« Tu fermes les yeux, aspiré par le vide tiède que ton corps referme comme un couvercle et enflent alors les souffles, les échos, les soupirs d’une cité sous terre. Murmures tirés des fonds, pressentiment de voûtes humides, de catacombes, eaux claires des puits souterrains, silence distendu. Et enflent alors les chocs assourdis des machines, sifflements, circulation des fluides, bruit de pompe, aspiration, éjection - ce qui ne se tient plus adossé dans le jour se relie au-dessous en venelles et couloirs, enchevêtrement de câbles, de tuyaux confondus-dissociés - fuite des corps, battement des cœurs innombrables et spasmes peut-être, imprévus.
Il n’y a pas de périphérie, de jour de nuit, ni d’extinction.
La ville jamais ne se referme, les errements se perpétuent, les sons les signes s’articulent sans fin. Fleurs lumineuses qui clignotent, s’ouvrent ou se ferment, feux follets, braseros, sirènes, meutes, bruits de cascades, chant d’engoulevent te conduisent- tu ne leur accordes pas moins de réalité- vers un sommeil de courte durée. »
 

Les zones ignorées, Virginie Gautier, images de Gilles Balmet, Les éditions du Chemin de Fer

Disponible à la librairie Elan Sud à Orange (réservez-le par email 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 15:36

anne braganceCe vendredi 1er avril, Anne Bragance, installée dans le jardin de Michelle et Roger, les hôtes de la veillée, accueillait d'un sourire chaleureux les participants venus lui exprimer leur plaisir de la rencontrer, leur impatience de l'entendre.
"Je profite qu'il n'y ai pas encore trop de monde pour vous demander une dédicace…" Cette phrase anodine était là chargée d'émotion, comme si les romans d'Anne avaient ensorcelé les lecteurs. Le ton était donné, la soirée s'annonçait riche.
Plus d'une trentaine de personnes s'était déplacée, remplissant la maison à la limite de sa possibilité; les demandes s'étaient déversées comme une vague qu'on ne peut contenir.
Fenêtres ouvertes sur les dernières lueurs de ce jour embaumé des senteurs du printemps naissant, la rencontre a commencé par une lecture d'extrait, intitulé Tapis volant, de l'Enfance marocaine (1).
"J'ouvre un livre comme on prend un bateau, comme on part en croisière. Grâce à lui, je m'échappe de l'univers contingent et familier, je m'en absente pour quelques heures, je navigue à vue sur cet océan de mots, d'images, que creuse ma quille. Allègre, je trace ma route dans une gerbe d'écume et gare à qui prétendrait me ramener au port quand je suis ainsi embarquée.
Lire ou partir, c'est comme : filer à l'anglaise, fausser compagnie à tous sans que bouge un orteil, entamer l'immobile voyage sans autre passeport que ce livre-là, justement celui-là que je viens d'ouvrir et qui est à la fois mon sauf-conduit, mon moyen de locomotion et la contrée que je m'apprête à découvrir.
Quand un livre devient le vecteur d'une liberté si totale et si enivrante, quand lire prend ce caractère de clandestinité et autorise pareille jouissance, alors on se sent filer sur un tapis volant, et c'est l'échappée belle…"

 

anne bragance Corinne Niederhoffer, directrice des éditions Elan Sud, pouvait lancer la conversation avec l'auteur apparament touchée d'entendre ses propres mots.
Les livres! Certainement un des piliers de sa vie; un peu comme « L'enfance marocaine » est le pilier de son œuvre si multiple grâce aux cultures du Maroc, de France et d'Espagne venues se mêler.
"L'enfance marocaine, un testament de lumière destiné à mes filles. Car on ne dit pas tout, non, on ne peut pas toujours tout dire."
"Les livres m'ont sauvé la vie."
"Si je mangeais autant que je lis, je serais obèse."
"Quand j'ai un livre avec moi, je suis sauvée. J'en emporte toujours un dans mon sac. Je me réveille très tôt, et demain matin, en attendant que mes hôtes se lèvent, je pourrai lire".
"Depuis l'âge de 5 ans, je voulais devenir écrivain, écrivain sans "e" à la fin; écrivaine, je ne trouve pas cela beau, et j'entends vaine, ce que je ne veux pas que mon écriture soit. Au fond de la classe, il y avait une armoire avec des livres, collection rose, verte, rouge et or… J'allais constamment en prendre, le seul livre de la maison était un dictionnaire. Ma mère aurait préféré que je l'aide à faire le ménage, plutôt que je lise. J'étais la seule de la famille à le faire, position difficile à tenir, se sentir mise à l'écart…"

L'œuvre entière d'Anne Bragance est colorée, parfumée de mille senteurs, comme le sont les fleurs et la nature pour laquelle elle voue un amour sans faille, qu'on retrouve dans "Anibal"(2).

"Je n'ai jamais vécu à Paris, je m'y sens un peu comme Bécassine, je ne peux pas y rester. Mon éditeur m'envoie mes exemplaires par la Poste, je ne vais pas les chercher. J'aime la solitude; dans le village où je vis, je ne connais personne, pas même le facteur.
Être écrivain, c'est se retirer du monde pour mieux le restituer au lecteur…"

 
 Anne est arrivée en France, au Mans, à l'âge de 14 ans, par le plus grand hasard des mutations de ses parents. Le Mans, si gris, si froid… " loin de la lumière de mon enfance que j'ai renvoyée dans mes romans."
  Depuis la parution de son premier livre "Tous les désespoirs vous sont permis"(3), en 1973, Anne nous a offert 33 titres "et si je peux, j'écrirai jusqu'au bout". Ce premier livre a aussi été pour elle une certaine révélation:
"Mon premier livre, je l'ai reçu par La Poste, j'habitais Jonquières. En voyant le titre avec mon nom dessous, je me suis sentie française. Si je suis écrivain français, c'est donc que je suis française, au milieu de mes origines marocaine et espagnole."

 
anne-bragance-016 Ses romans son remplis d'humanité, manifestant l'amour qu'elle porte pour ses semblables; mais aussi une conversation à plusieurs voix, une vision à plusieurs regards.
"Dans mes romans, je procède ainsi : au milieu, je pose une réalité, là, présente, et je propose la version de chaque personnage afin de l'agrandir, de lui donner un sens plus juste, plus nuancé".
  Trente trois romans, et autant de sujets différents, de personnages éloignés les uns des autres, du moins en apparence, une œuvre composite… Certains sont de pures fictions, d'autres beaucoup plus intimes, comme "La chambre andalouse"(3), une longue conversation avec son frère.
"Je ne cherche pas l'inspiration, le sujet de mes livres me tombe dessus. Je ne connais pas vraiment la panne de la page blanche, mais quand elle vient, je me dis que je n'écrirai plus jamais, je suis malheureuse comme les pierres. C'est comme la pluie en Provence, elle nous rend triste, on croit que le soleil ne reviendra plus jamais… mais ça ne dure pas.
L'inspiration arrive toujours au hasard. Un jour, j'étais assise à mon bureau, les fenêtres étaient grandes ouvertes sur le printemps. Dans l'avenue en bas de chez moi, un homme chantait a capella, un chant rythmé, puissant, venu d'Afrique, et qui m'emplissait d'une émotion insaisissable. Cet homme se tenait sous l'abribus et attendait. Le bus est passé, l'homme est monté dedans et je ne l'ai jamais revu.
  J'ai infusé mon émotion à un personnage et je me suis mise à écrire un roman. L'instant d'avant, je ne savais pas que j'allais écrire "Passe un ange noir"(4).
Quand je commence un roman, je ne sais jamais comment il va finir. C'est en premier lieu une histoire que je me raconte."

Parler avec Anne Bragance sans évoquer Anibal serait passer à côté du livre qui a réunit le plus de lecteurs, en France comme à l'étranger et qui a été repris au cinéma. Certains le comparent au Petit Prince de St Exupéry; c'est vrai qu'il y a un peu de ça dans ce texte où le personnage principal est un enfant de 12 ans qui se voit affublé d'un petit frère adoptif de 6 ans, asthmatique et péruvien, avec qui il va vivre une belle aventure d'amour et de partage.


Anne Bragance et les éditeurs… une longue histoire. Depuis son premier roman, elle a connu les plus grands : Flammarion, Mercure de France, Grasset, Le Seuil, Stock, Actes Sud, Laffont, etc.
Femme libre, au caractère trempé et au regard perçant, aucun d'entre eux n'a réussi à la dompter, à lui imposer quoi que ce soit. S'ils voulaient lui changer un personnage, la fin de l'histoire, s'ils refusaient un recueil de nouvelles, elle n'a jamais hésité, elle les a quittés. L'un d'entre eux — et je tairai son nom par charité— est même passé à côté d'Anibal, comme quoi, les plus grands se trompent aussi!
Anne Bragance possède cette impertinence des gens qui ont du talent, une douceur féminine empreinte de modestie mais aussi cette force impétueuse des femmes du sud. Combien de cœurs a-t-elle fait chavirer? Combien d'hommes n'ont pas pu ou su refuser de répondre à ses desseins. Elle a quelque chose de Carmen qui vous ensorcèle, comme nous l'avons tous été pendant deux heures.

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Après une deuxième vague de demandes de dédicaces, la soirée s'est terminée comme elle avait commencé, assis autour d'une table dans la fraîcheur du jardin et la sérénité de la nuit, pendant qu'à l'intérieur, les participants se régalaient des tartes, salades et gâteaux apportés par chacun, dans un brouhaha sans nom.
Nous attendons avec impatience la sortie de son prochain roman —et non pas le dernier— "Une affection longue durée", annoncé pour juin.

Je ne peux que vous inviter à la rencontrer et lorsque vous la saluerez, donnez-lui le bonjour du "petit rouleur de cigarettes".

 

Pour acquérir les livres suivants, cliquez sur les titres

Une enfance marocaine

Anibal [Broché]

Anibal [Poche]

Tous les désespoirs vous sont permis

Passe un ange noir

 

Chroniques sur les romans d'Anne Bragance :

Anibal

La reine nue

 

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