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  • : Maison d'édition Elan Sud, littérature générale, à Orange (84). Ses auteurs et leurs romans. Parutions, articles, interviews, commentaires. Actualité des salons du livre, rencontres avec le public. Site d'échange littéraire. Organisation du concours de manuscrits : Prix première chance à l'écriture
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Bonjour à tous,

J'ai ouvert ce blog pour vous permettre de réagir aux lectures de nos ouvrages. Les auteurs vous répondront avec plaisir en fonction de leur emploi du temps, laissez-leur un commentaire.

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 15:56
Frédérique Deprun Voici une très bonne analyse d’André Rouillé sur la position de l’Art, je le laisse à votre appréciation.

    L’industrie ne mène plus le monde. Le capitalisme industriel est en train de muter vers ce qu’il est désormais convenu d’appeler un «capitalisme cognitif». Et l’art s’en ressent fortement.
 Alors que le capitalisme industriel produisait «des marchandises au moyen de marchandises, le capitalisme cognitif produit des connaissances au moyen de connaissances et du vivant au moyen du vivant» (Yann Moulier Boutang). La force de travail compte moins que la force d’invention.
 Cela ne signifie certes pas que la production industrielle d’objets matériels a disparu, mais seulement qu’elle n’est plus le lieu principal de production de la valeur. L’immatériel prévaut désormais sur le matériel. Tandis qu’une division internationale sépare les centres de conception, dans les pays développés, des lieux de fabrication, dans les pays émergents — à cause d’une recherche accrue de profits, mais aussi en raison des différences majeures entre les procès industriels et cognitifs de production.

 
   L’organisation industrielle du travail repose fondamentalement sur une série de dissociations, de dépossessions, de clivages, de hiérarchies entre travail intellectuel et travail manuel, entre capital et travail, entre producteur et produit, entre décision et exécution, etc.
 L’organisation industrielle parcellise les tâches pour les décomposer en une addition de gestes simples et répétitifs faciles à exécuter et aisément assimilables. Ce qui rend les ouvriers interchangeables et rapidement rentables, et ce qui les met dans l’impossibilité de se reconnaître dans les marchandises qu’ils ont produites et que les autres consomment.
 En outre, ces clivages traversent toute la vie en opposant notamment la vie professionnelle et la vie privée.

    Ces limites et rigidités sont devenues un frein à la production de valeur avec le passage, au tournant du XXIe siècle, d’une production de masse à une «économie de variété» multipliant les petites séries de produits individualisés, proposés pendant de courtes périodes, et adaptés à des attentes volatiles. Situation face à laquelle il faut savoir capter les plus fines fluctuations du marché et concevoir des produits adaptés. Ce qui exige une intelligence collective de cerveaux connectés en réseau à l’échelle planétaire par le biais d’internet. Il s’agit désormais d’innover, de stimuler la créativité, c’est-à-dire de faire du «capital humain» la matière première de la valeur.

 
   La «coopération entre les cerveaux» vient ainsi remplacer la force de travail. L’imagination, la fantaisie, l’originalité, et toutes les postures de la création et de l’innovation, tendent à se substituer aux structures rigides et disciplinaires de l’époque industrielle. Les verticalités, les disjonctions, les hiérarchies d’hier sont appelées à se dissoudre dans les transversalités, les coopérations et les connexions infinies.
    La césure entre la vie privée et le travail est elle-même en train de s’estomper sous l’action de l’accessibilité continue des acteurs — par téléphone, mail et internet, désormais tous mobiles —, mais aussi parce que la créativité déborde l’organisation du travail industriel et les murs de l’entreprise pour impliquer tout le temps et l’espace de chacun, autant que ses connaissances, ses aptitudes, sa culture, ses savoir-faire, sa sensibilité, ses affects. Bref, toute sa vie.

    La production de la valeur sous le capitalisme cognitif prend ainsi les traits d’une bioproduction. Le producteur-créateur produit de la valeur avec sa vie, ce «capital humain» qu’il fait simultanément fructifier.
    Le caractère innovant de l’activité, et son intrication profonde et essentielle avec la vie, ont conduit des sociologues comme Luc Boltanski (Le Nouvel Esprit du capitalisme) et Pierre-Michel Menger (Portrait de l’artiste en travailleur) à rapprocher la situation des producteurs-créateurs du capitalisme cognitif avec celle des artistes.

   
Mais ces trop littérales comparaisons ont l’inconvénient de s’adosser à une image figée et manichéenne de l’artiste dont les «valeurs cardinales de la compétence [seraient] l’imagination, le jeu, l’improvisation, l’atypie comportementale, voire l’anarchie créatrice» (Pierre-Michel Menger). Nombre d’artistes n’ont rien de commun avec cette caricature.
    La mobilisation de ces stéréotypes de l’artiste solitaire est d’autant plus paradoxale qu’elle est appliquée à l’économie de la connaissance qui réunit en réseaux des créateurs et stimule une intelligence collective.

    Les conjonctions seraient plutôt à rechercher dans les protocoles de la création artistique elle-même. En premier lieu chez Marcel Duchamp dont les ready-made abolissent, au début du XXe siècle, le travail manuel de fabrication au profit de la conception intellectuelle et de l’acte de choisir des objets tout faits («ready made»).
    La production artistique est ainsi orientée sur la voie de la conception immatérielle, à rebours de la production des objets d’art traditionnels faits à la main. L’art préfigurant ainsi le paradigme qui présidera un siècle plus tard à l’économie cognitive.

    A la fin du XXe siècle, des artistes comme Rirkrit Tiravanija ont produit des ¦uvres dans et avec lesquelles les spectateurs-regardeurs ont été sollicités à agir en tant que coproducteurs. A la manière de la production flexible qui transforme la consommation en instance de coproduction par les informations qu’elle émet et qui, par le biais des réseaux numériques, orientent et régulent la production en temps réel.

    En outre, les convergences sont évidentes entre les décloisonnements du champ artistique — ossifié en genres, pratiques, et matériaux; entre l’effondrement des verticalités de la société industrielle dans les horizontalités de la société cognitive; et entre le dépassement des apories sur «l’art et la vie» par l’avènement de la bioproduction avec la vie comme matière première.

    Un retournement décisif semble être d’ores et déjà engagé par lequel l’art pourrait bien avoir été happé par le capitalisme cognitif, c’est-à-dire neutralisé dans ses velléités critiques et politiques passées, et devenu une déclinaison du modèle social et économique d’aujourd’hui. Il faudra y revenir.

 André Rouillé site internet

Peintures Frédérik Deprun, Artiste peintre à Lyon
Aucune utilisation des œuvres sans l'accord de l'artiste - © Frédérik Deprun

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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 11:24
 "Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations"
Plongé dans le
magazine littéraire de janvier 1968 ce titre m’a interpellé, que pouvait nous dire Raoul Vaneigem sur ce sujet…
 Mais, derrière cet article un autre... : 
Les Situationnistes
- 1968 ? ou 2008, le temps s’est-il arrêté ?
 Je vous invite à relire cet excellent article et a laissé vos commentaires sur le sujet, personnellemnt je suis consternée !!
 Les Situationnistes : Instructions pour une prise d'armes
Par Jean-Pierre George
 
...L'histoire offre aujourd'hui aux rêveries et aux passions de la subjectivité une chance de se réaliser dans la subversion totale de ce qui les nie. C'est pourquoi chacun est désormais embarqué dans un choix pratique entre la vie et la survie, choix qu'il manifeste en paralysant les mécanismes du pouvoir ou en s'y soumettant. La lutte contre la dictature de la marchandise se confond, en le radicalisant, avec le combat contre la coalition d'intérêts hostiles au projet de l'homme total : le pouvoir hiérarchisé, la religion, l'idéologie, le travail, les techniques de conditionnement, l'oppression policière et ses versions humanisées.
 "Dans le même mouvement, elle fonde les conditions d'un renforcement des possibilités de création individuelle et de "l'autogestion généralisée". Le Traité est un mémento à l'usage des partisans de la Longue Révolution
...
 L'article  

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2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 12:24
Je m’interroge… Lors d’une canicule récente, des milliers de personnes très âgées sont décédées dans la plus grande des solitudes, certaines avec,  sur leur chevet, la photo d’un enfant aimé. Je m’interroge, qu’est-ce que vieillir ainsi ?
Regardons  ce qu’en dit  la littérature et particulièrement cette petite merveille de nouvelle que nous avons sous les yeux et que nous ne pensons pas à lire:

«L’écharpe», d’Andrée Chedid,
Extraite du recueil « La femme en rouge »
 Aux éditions J’AI LU.

Je tiens à dédier cette chronique à mon amie Chewikar Abdel Aziz d’Alexandrie, dont la plume et l’âme, trop modestes, me semblent  intimement proches d’Andrée Chedid.

Om Jamil, « la mère de Jamil, »,  est une vielle dame pauvre de la montagne libanaise qui survit grâce à quelques tâches serviles chez  les riches du village. La vieille dame digne n’a qu’un amour et qu’un espoir, son fils. Mas lui, trop occupé par ses bamboches dans les folles nuits de Beyrouth ne pense guère à elle. Il n’est pas venu la voir depuis quatre ans. ! Pourtant, à cette Saint Sylvestre, c’est sûr, il sera là, il l’a écrit, il l’a promis. Elle prépare la fête, avec tout ce qu’elle a, elle attend et attend. Mais Jamil ne viendra pas.
Andrée Chedid est une très grande dame de la littérature, orientale et occidentale. Née en Egypte de parents libanais, installée à Paris, arabophone, francophone et anglophone, romancière, poète, dramaturge, elle est unanimement adulée, jusqu’à sa descendance puisque son petit-fils, Mathieu Chedid, fils de Louis Chedid, est un compositeur réputé… qui  chante avec succès des textes écrits  par sa grand-mère !
Andrée Chedid parle du drame et de la souffrance des hommes, mais surtout  de ce qui les aide à se dépasser, à mieux vivre, à préparer l’avenir.
Le fils Jamil ne viendra pas. Mais le village a compris le désespoir de la vieille Maman abandonnée, ne dit  rien,  l’entoure d’une affection forte qui la sauve.
Et l’écharpe, qu’elle avait préparée comme cadeau à son fils, devient le symbolique et chaleureux réconfort  de son entourage.
Onze pages à lire avec mouchoir ! Ce pourrait être triste, c’est simplement beau. Quand la solitude a tué nos anciens, on manquait sans doute  d’écharpes chez nous, de milliers...
L’Orient si doux a des charmes oubliés.


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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 18:39
À la lecture de cet article du Magazine littéraire (n°466 - Juillet-Août 2007), je n’ai pu m’empêcher de vous le dévoiler à nouveau, car je pense qu’il est une source de réflexions inépuisables sur notre monde.
J'attends vos réflexions sur le sujet …
Corinne Lin-Niederhoffer

        La bêtise, ce monstre insaisissable qui hante la conscience inquiète, furibonde ou goguenarde des plus grands auteurs depuis l’aube des Temps modernes et l’invention de l’Histoire. Dire ce qu’elle est, ou ce qu’elle n’est pas, du haut d’une illusoire supériorité, serait odieux et… particulièrement stupide. Nous avons plutôt cherché comment cette hydre aux mille têtes, dont Flaubert fit son grand sujet, aiguise la plume et quelquefois engloutit corps et âme les auteurs et les penseurs les plus estimables. Comment ce défaut de l’esprit, qui n’est pas toujours le contraire de l’intelligence, habille les formes les plus caricaturales de l’idéologie, pétrifie la pensée en formes creuses pour faire de l’Histoire une farce tragique. Quand l’esprit en quête de certitudes ou d’idéal tombe dans l’automatisme du cliché et du langage, la bêtise n’est jamais très loin. De Voltaire à Raymond Aron, de Feydeau à Umberto Eco, les écrivains ont puisé à pleines mains dans cette matière inépuisable, parfois drôle, toujours désespérante. Dans un monde déserté par les dieux, c’est peut-être le sentiment de la bêtise qui a remplacé le tragique. "

         Un spectre hante la conscience moderne, la bêtise. Le mot, attesté au Moyen Âge, disparaît en tant que tel à l’âge classique pour resurgir au XVIIIe siècle, sous la plume de Diderot. Bêtise, sottise, crétinerie, connerie. La bêtise remonte à la plus haute antiquité, sans doute, comme eût dit Alexandre Vialatte, mais quiconque tente aujourd’hui encore d’enfermer la bête immonde en un concept opératoire, sinon définitif, se casse les dents. En témoigne, récemment, Stupidity, un essai de la philosophe américaine post-derridienne Avital Ronell, qui de déconstructions en références tournoyantes, semble mordiller les mollets de son sujet sans jamais lui régler son compte. Mais peut-il en être autrement ? Oui, la bêtise est un monstre moderne, rusé, qui résiste à toute forme de théorisation, même si les meilleurs qui s’y sont essayés, à l’instar de Robert Musil, doivent rendre les armes : « C’est que j’ignore ce qu’elle est, note-t-il non sans ironie. Je n’ai pas découvert de théorie de la bêtise à l’aide de laquelle je pourrais entreprendre de sauver le monde. » Un monstre multiforme, réversible, insaisissable, d’une infinie plasticité, tout étant relatif et réciproquement. Un monstre aussi résistant qu’un virus, et dont le vaccin reste à ce jour inconnu. Pas un écrivain, pas un penseur digne de ce nom qui, depuis l’aube des Temps modernes, n’ait éprouvé la nécessité de se confronter à cette Chose, aussi terrifiante, obsédante et grand-guignolesque que la pieuvre du capitaine Nemo.
Bernard Fauconnier

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 09:34
Conférence Agora.  Bruno Latour : Pour une politique de la nature.
Vendredi  18 janvier  2008 à 20h30  Lycée de l’Arc  84100 ORANGE
Bruno Latour,  agrégé de  philosophie, s'est formé à l'anthropologie en Côte d'Ivoire.  Après   avoir longtemps enseigné  au CNAM,  puis à l’Ecole des  Mines,  il est aujourd’hui  professeur des Universités à Sciences  Po. directeur  adjoint de  Sciences Po, chargé de  la  politique scientifique et  de  l'évaluation  et président du comité Culture de la Fondation de France.
Sa conférence : La vie publique des trois derniers siècles autant que la philosophie politique ont développé toute une armature pratique et conceptuelle pour définir la vie publique des humains entre eux, de leurs droits et de leurs devoirs. Depuis une centaine d’années les questions posées par l’irruption des écologies dans cette vie publique n’ont pas encore trouvé le moyen d’entrer profondément dans les institutions de la démocratie. Il est grand temps de reprendre le travail de nos prédécesseurs pour étendre la démocratie et proposer une politique de la nature.
Serge Tziboulsky

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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 00:00
Je m’interroge… Dans nos fameuses « banlieues Blacks Blancs Beurs » les femmes ont-elles le choix de leur vie, de leur amour, de leur spiritualité, oppressées comme elles le  sont par des clans réactionnaires ?  On peut en douter. Mais au fait, qu’est-ce que la liberté d’une femme croyante ?
Regardons  ce qu’en dit  la littérature et particulièrement ce roman captivant qui vient de paraître :

«La passion selon Juette » de Clara Dupont-Monot
Clara Dupont-Monot a 38 ans en 2007, c’est donc une jeunette. Pourtant, son troisième roman, «La passion selon Juette » rencontre un succès certain. Le livre est inspiré d’une histoire vraie. Juette naît en 1158 à Huy, aujourd’hui ville de Belgique. Un compagnon fidèle, le religieux Hugues de Floreffe, enlumineur de parchemin, amateur de livres et de bibliothèques, raconte l’histoire de Juette d’une plume que l’on devine amoureuse, à la manière pure des courtoisies médiévales. Juette  a d’abord le destin banal d’une gentille fillette rêveuse. Puis, soudain mariée, violée par un  bougre ordinaire, elle est déchirée par le sexe et les grossesses. Un veuvage bienvenu la sauve à temps du complet désespoir. Alors, elle se révolte contre la  société qui a failli l’écrabouiller  et s’approche de la pureté cathare. Les ecclésiastiques catholiques corrompus qu’elle dénonce   la grilleraient volontiers sur le bûcher des hérétiques, mais elle a trop de soutiens et ses illuminations troublent les esprits. Elle se forge donc une vie hors du commun, en toute liberté. Elle croît en Dieu mais critique vertement l’Eglise. Elle est femme amoureuse (de son fidèle confident) mais  à distance poétique convenable. Elle plonge les mains dans la misère du siècle, organise des léproseries, mais sans devenir tout-à-fait nonne. Elle est libre, active, responsable, malgré les  pressions de l’écrasant système catholique. En un mot, elle a des tripes et ouvre la voie de la liberté aux  femmes médiévales, qui sauront s’en saisir.
Voilà donc un livre à distribuer dans les centres sociaux et les plannings familiaux car à bien y regarder, la situation des femmes dans les quartiers populaires est fort comparable ; les solutions  le sont donc  aussi, par conséquence littéraire directe. Etre Femmes ? Absolument et jusqu’au bout des rêves ! Croyantes ?  Pourquoi pas, si les  chemins sont  librement choisis ! Indépendantes, totalement libres ? Cela va sans dire.
Tant pis si ça gratouille les voilées (tous foulards confondus)  et les barbus (de poils variés) : le roman «La passion selon Juette » est vraiment très actuel, fort agréable à lire de surcroît.

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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 16:58
Je m’interroge… Les souffrances et les enfermements  de notre quotidien, viennent-ils des brutalités sociétales  ou de beaucoup  plus  loin ? Sont-elles physiques ou métaphysiques ?
Regardons  ce qu’en dit  la littérature et particulièrement cette petite merveille que nous avons sous la main :


«Le Vice-consul» de Marguerite Duras

L’œuvre de Margeride Duras, que certains évitent frappés de malaise, s’est forgée dans le creuset poétique et intellectuel des années 40 à 90. Duras y a inventé une écriture qui traverse brutalement nos corps, une écriture qui vient des temps d’avant les mots, quand résonnait le cri primal de ceux qui n’étaient pas encore des Êtres.
Ainsi du Vice-consul, roman de trois douloureuses solitudes : celle de la mendiante du Gange ; celle d’Anne-Marie Stretter, personnage fantomatique récurrent de Duras; celle du Vice-consul de Lahore enfin,  petit fonctionnaire devenu fou de solitude, tirant sur les lépreux et sur sa propre image dans les miroirs, hurlant tel un chien rejeté par sa meute. Ces trois êtres incertains, et d’autres qui les côtoient dans la touffeur de la mousson, ne peuvent se rejoindre en rien. Chacun bute, obscur et désespéré, sur ses propres limites et sur les limites de l’autre. Malgré les apparences, tous sont des parias. Leur existence est tordue de souffrance, celle du spleen absolu, celle de la misère de l’humanité, à l’état brut. Devant l’un et devant l’autre, ils n’ont aucun pouvoir. Archétype de cette ambiance pitoyable, Le Vice-consul est une œuvre littéraire décomposée avec minutie et acharnement. La décomposition s’insinue d’abord entre l’histoire et l’absence d’l’histoire, puis entre le récit de l’histoire et l’absence du récit, enfin entre les segments des dialogues désagrégés. Malaise ! Tournis ! Sur cette « mise en absence », Duras  pose des voix sonores, distanciées et sans suites, qui dérangent. Toute rencontre, celle du geste ou de la voix, même hétérogène et fragmentée, est impossible… Or, dans le fracas et l’agitation du monde, cette difficulté à évoquer  nos sensibilités intimes n’est-elle pas notre affliction quotidienne ? N’était-elle pas là, exactement, cette souffrance solitaire, qui ne peut cristalliser des paroles sur nos secrets ? Ecrire, pour Duras, c’est retourner à sa préhistoire, c’est aller en frôler le trou noir. Avec Duras, on est seul,  on est mal.  Prolonger Sapiens encore et encore, aller vers un  Néant qui se creuse indéfiniment, ce n’est pas simple. Mais c’est Beau, aussi, Alors, on se jette sur l’immensité de son œuvre et on en est apaisé, finalement.

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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 12:19
De Christian Bourgois à Corinne Lin-Niederhoffer

,
la ressemblance intime saute aux yeux et à l'âme.
Quelle chance nous avons, nous " ses" auteurs.
Philippe HUBERT vous invite à lire :

"Mon catalogue, c'est ma vie"
LE MONDE | 21.12.07
© Le Monde.fr

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 08:34
Je m’interroge… Nos esprits et nos âmes sont-ils mornes comme des limandes surgelées ou au contraire inspirés par d’insondables, mystérieux et fluctuants fantômes ?
Regardons ce qu’en dit la littérature et particulièrement cette petite merveille que nous avons sous la main et que nous ne pensons pas à lire :
«Le tour d’écrou » de Henry James
On connaît peu Henry James, pourtant grand maître de la littérature fantastique. Attention ! Je ne parle pas ici de carton-pâte façon Potter, Charmed et autres Draculettes insipides. Je n’évoque en rien ces personnages, aussi profonds qu’un pédiluve, aussi épais qu’un courant d’air, aussi consistants qu’un bouillon de poule… Non ! Je veux parler de ces flux intérieurs, qui, venus de profondeurs et d’histoires insondables, nous submergent d’émotions lointaines, complexes, irrésistibles et bouleversantes, pour semer dans nos esprits d’apparence formatée, la plus étrange et la plus irréelle des confusions. Ainsi l’histoire du « Tour d’écrou ». En 1898, dans un manoir perdu au fond de la campagne anglaise, deux angelots parfaits sont confiés à la seule garde d’une jeune gouvernante, fille de pasteur pauvre et légèrement hystérique. Dans le décor enchanteur du castel où batifolent les mignons enfants (un garçon et une fille) surgissent soudain deux spectres qui cherchent à happer les petits vers leur territoire mortifère. Ce n’est guère difficile car les anges, croit-on deviner, sont assez tentés par l’aventure macabre. Croit-on ? De fait, on l’ignore, car le seul témoignage est celui de la jeune gouvernante narratrice, que l’on devine un rien fêlée. L’histoire glaçante des revenants, qu’elle nous rapporte dans une lettre, peut n’être que le fruit de ses délires névrotiques. Le manoir est-il vraiment hanté ? Ou la gouvernante dérive-t-elle dans un conflit intérieur très freudien sur l‘émergence, face à elle, de la sexualité du garçon (c’est mal, et il va en mourir) et la relative innocence de la fille (c’est bien, et elle en réchappera), qu’elle fantasme à plein tubes ? Ne choisissez pas. C’est l’un et c’est l’autre. Le choc émotionnel du conflit féminin interne provoque la vision de ce qui n’est pas matériel et visible mais qui est cependant bien réel dans l’esprit, le cœur, la chair de la gouvernante. On atteint ainsi au grand art littéraire de l’ambigüité, mais on effleure dans le même temps la barbarie intérieure des hommes, leur instinct de mort, et ce qu’ils déclenchent. Hors, Henry James, né en 1843, écrivain riche et mondain, lu et adulé aux Etats-Unis, en France, en Italie, en Angleterre, peintre psychologue, poète et moraliste d’une société qu’il apprécie très positivement, est ébranlé par la première guerre mondiale et les horreurs qu’elle révèle dans l’intimité des plus doux. Il s’aperçoit alors que sa littérature ne parlait que de ça ! Et il meurt, en 1916.
Bien chers fantômes, il faut apprendre à vivre avec vous. Pour le meilleur et pour le pire, vous êtes notre essence.

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 08:28
...Christian Bourgois, qui vient de mourir à Paris des suites d’un cancer à l’âge de 74 ans, était quelqu’un dans ce monde là. Une figure, un seigneur, un personnage. S’il en imposait, c’était d’abord par son catalogue : Salman Rushdie y cotoyait Antonio Tabucchi, Toni Morrison, William Burroughs, Richard Brautigan, Martin Amis, Allen Ginsberg, Ernst Jünger, Tolkien, Jim Harrison, Antonio Lobo Antunes, Fernando Pessoa, Gombrowicz, Borges, Ezra Pound, Arrabal entre autres, excusez du peu… …Un grand éditeur à l’ancienne, élégant et cultivé, un vrai discret dissimulant sa pudeur derrière des verres teintés, lecteur d’un discernement et d’un goût très sûrs qui se retrouvaient au-delà des textes dans son esthétique des couvertures, disparaît au moment où son métier bascule dans les mains des managers…
Que faut-il ajouter, nous partirons tous un jour, poussé par le hasard, la maladie, la vieillesse ou … l’économie de marché. 
Bon voyage
, La suite 

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